Snowpiercer

©Klara Beck

En partenariat avec le festival Musica, l’Opéra national du Rhin ouvre sa saison avec La Reine des neiges d’Abrahamsen, conte initiatique glacé adapté d’Andersen.

Loin, très loin de l’animation à la sauce Disney – avec son insupportable scie Libérée, délivrée La Reine des neiges est un opéra de 2019 écrit par Hans Abrahamsen (né en 1952), ici représenté en France pour la première fois. Matériau d’une grande richesse, le conte éponyme d’Hans Christian Andersen « recèle tant de strates qu’il peut être lu et interprété de différentes manières », résume le compositeur danois. Fable initiatique de l’entrée dans l’âge adulte, l’histoire est celle de deux enfants, Gerda et Kay, puissamment unis l’un à l’autre. Enlevé par une terrible souveraine vivant au-delà du cercle polaire, Kay est désormais insensible au monde extérieur. Devenu de glace, le voilà figé hors du réel. Pour le sauver, son amie part à sa recherche dans les solitudes hyperboréennes gardées par des armées de flocons, tourbillons menaçants. Ponctuée de multiples aventures – séjour auprès d’une vieille dame et de ses fleurs enchantées, rencontre de deux corneilles fort futées… –, son odyssée métaphysique permet de découvrir l’univers sonore du musicien. Il fut affilié au courant de la “nouvelle simplicité” dans les années 1970, assumant, à rebours des modes de l’époque, un retour à la mélodie et à l’harmonie… tout en suivant les enseignements de György Ligeti. Dans ce premier opéra, sa musique polyphonique, partition glacée et cristalline où se déchaînent, puissantes et inextinguibles, les forces de la Nature, fascine, surtout lorsqu’elle est parcourue de spectaculaires envoûtements, notamment dans la partie du chœur.

« Nous faisons débuter l’histoire à notre époque – un environnement urbain industriel – mais l’imagination des deux enfants colore cette réalité », explique le metteur en scène James Bonas. Et de poursuivre : « Gerda, en s’éloignant de chez elle, revient à une époque de rituels, de chamans, de forêts et d’esprits des animaux qui y vivent. Plus elle s’enfonce dans le Nord, plus les mythes et symboles anciens gagnent en puissance. » Dans le projet, le rôle du vidéaste d’animation Grégoire Pont est fondamentale. Ses compositions visuelles sont projetées sur un rideau transparent fait de chaînes et « permettent aux chanteurs de traverser l’image, ou de chanter derrière en étant immergés dans les animations », résume-t-il. Voilà qui est de nature à créer des effets magiques… Quant au style graphique, il « joue avec les lignes des fissures sur la glace, les brisures du verre et ces lignes font penser à des toiles d’araignées qui symbolisent aussi la possession, l’emprise. »


À l’Opéra (Strasbourg), du 15 au 21 septembre À La Filature (Mulhouse), vendredi 1er et dimanche 3 octobre
operanationaldurhin.eu

festivalmusica.fr

> Rencontre avec l’équipe artistique à la Librairie Kléber (Strasbourg), 14/09 (18h)
librairie-kleber.com

> Autre pièce iconique d’Abrahamsen, Schnee est donnée pendant le festival par l’Ensemble Recherche (18/09, Les Halles Citadelle, Strasbourg) – festivalmusica.fr

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