Dans un parcours d’une extrême richesse rassemblant une centaine d’œuvres, Archistories explore les liens entre art et architecture, du XVIIe siècle à aujourd’hui.
Exposition inaugurale organisée dans l’Orangerie tout juste restaurée – alors que le bâtiment principal de la Kunsthalle est encore en rénovation –, Archistories se déploie dans une construction thématique protéiforme et vient questionner en toute finesse le « Premier Art ». Une section se penche sur La Maison : s’y rencontrent le minimalisme fragile et poétique de Wolfgang Laib – Reishaus, 01 (2001), proposition d’un habitat humble connecté à la nature – et le futurisme onirique de Dionisio González. Avec Wittgenstein’s Cabin 10 (2021), il s’inspire de la cabane que se fit construire le philosophe sur un promontoire rocheux surplombant le Sognefjord : avec ses édifices aux formes organiques générés par ordinateur, le plasticien étudie les voies contemporaines possibles pour imaginer une retraite créatrice. Pour sa part, Niklas Goldbach explore la Villa Aurora de Pacific Palisades, où Lion Feuchtwanger s’installa en 1943 : sa vidéo 1550 San Remo Drive (2017) restitue en tout subtilité l’esprit d’un lieu où furent accueillis de nombreux intellectuels persécutés par le nazisme, comme Thomas Mann. Un chapitre s’ouvre sur un autre Espace de vie, La Prison – essaimant autour des célébrissimes gravures de Giovanni Battista Piranesi –, précédant deux autres consacrés aux Espaces transitoires : Les Ponts – sublime Vue sur le Pont Saint-Michel, à Paris (1912) de Marquet – et Places, rues, passages.
Si l’on est séduits par les Constructions audacieuses comme La Tour Eiffel (1910) de Robert Delaunay, monument surpuissant occupant toute la toile et faisant curieusement écho à Construction (1950) de Fernand Léger, la partie qui passionne le plus demeure celle qui est centrée sur les Ruines. Cette immersion dans Le Présent de la mémoire débute avec la naissance d’une esthétique incarnée par un troupeau paissant devant les colonnes corinthiennes grignotées par la végétation d’un temple romain, gravé par Le Lorrain en 1651. Après un détour par les destructions de la guerre – Décombres de maison (1916), saisissant dessin d’Otto Dix, ou Maisons bombardées (1945), huile signée Erwin Spuler montrant l’Allemagne année zéro –, se découvrent des œuvres contemporaines qui revisitent le genre. Parmi elles, la vidéo A Cartography of Fantasia (2015) de Jakob Kudsk Steensen prouve que les structures inachevées, rendues à la nature, permettent la création de nouveaux habitats pour la faune et la flore : dans ces « espaces fantômes » – aérodrome, village de vacances, serre, golf et appartements de luxe – la vie fourmille… en l’absence de l’Homme et c’est sacrément rassurant !
Dans l’Orangerie de la Kunsthalle Karlsruhe jusqu’au 12 avril
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