Jeu de gambes

Imprimer cet article

© Jean-Baptiste Millot

En résidence à L’Arsenal pour trois saisons, François Joubert-Caillet et les jeunes musiciens de L’Achéron proposent, pour débuter, un voyage baroque au cœur de l’œuvre pour viole de gambe de Marin Marais.

François Joubert-Caillet souhaite « traverser symboliquement le fleuve des morts pour ramener des musiques du passé à la vie ». C’est dans cet esprit orphique qu’il a créé L’Achéron (2009), ensemble de violes de gambes, mais aussi orchestre en devenir s’ouvrant à d’autres instruments pour explorer un répertoire se déployant des scintillements british de la fin du XVIe siècle d’Anthony Holborne à la féconde rencontre entre Orient et Occident dans L’Orgue du Sultan. S’il souhaite aller encore plus loin (vers le répertoire contemporain, notamment), le gambiste se concentre aujourd’hui sur Marin Marais, publiant ses Pièces favorites. Le disque est une sorte d’amuse-bouche en forme d’anthologie pour une pharaonique intégrale en plus de vingt CD rassemblant les quelque 600 Pièces de viole du musicien rendu célèbre par Tous les Matins du monde, livre de Pascal Quignard dont Alain Corneau tira un film. L’auditeur découvre un instrument « possédant un large ambitus, aux immenses possibilités expressives. On imagine le son de la viole de gambe angélique, mais elle sait se faire sombre, mélancolique, voire diabolique. » Les œuvres de Marais sont le reflet de cette diversité : « La Rêveuse et ses atmosphères contemplatives et méditatives, La Polonaise nimbée de sensualité, un Grand ballet flamboyant ou encore L’Arabesque – véritable “tube” – pleine de panache. Nous essayons de nous oublier afin que l’interprétation se rapproche le plus possible des couleurs de l’époque. Pour cela, il faut tenter d’imaginer ce que le compositeur souhaitait. Nous désirons aussi rendre cette musique lisible pour le public d’aujourd’hui », rajoute François Joubert-Caillet, ardent à faire souffler un vent de fraîcheur sur des œuvres dont on imagine souvent à tort qu’elles sont poussiéreuses. Entre recherche musicologique, travail sur les instruments et l’homogénéité de l’ensemble – en collaboration avec le luthier Arnaud Giral – L’Achéron entraîne ses auditeurs au cœur du Siècle d’Or, des espaces immenses de la Cour de Versailles à l’intimité de la chambre de Louis XIV dont Marin Marais était le gambiste préféré.,

En l’Église protestante de Ribeauvillé, samedi 15 octobre (programme Anthony Holborne dans le cadre du Festival international de Musique ancienne, jusqu’au 23 octobre)
www.musiqueancienneribeauville.eu
À L’Arsenal (Metz), jeudi 20 octobre (programme Marin marais) et mercredi 5 avril 2017 (L’Orgue du Sultan)
www.arsenal-metz.fr
www.lacheron.com

Hervé Lévy
Hervé Lévy
Rédacteur en chef
Lire tous ses articlesLui écrire

Imprimer cet article