Phia Ménard met à bas l’ordre établi avec ART.13

© Christophe Raynaud de Lage

La nouvelle création de Phia Ménard, ART.13, met à bas l’ordre établi pour placer l’imagination au pouvoir.

Qui n’a pas en tête ces images de statues qu’on déboulonne afin de renverser les régimes en place ? Pour inaugurer son nouveau “Cycle des ruines”, Phia Ménard déploie un jardin à la française, tout en angles droits avec parterre d’herbe rase et formes stylisées de lys en graviers recouvrant la scène. Y trône une statue d’homme nu, feuille de vigne sur le sexe, tenant une hache. S’il n’y avait le boucan des tondeuses à gazon et des taille-haies, l’endroit toucherait à la perfection classique. Tandis qu’en lettres de néon vibrionnent en fond de scène « Les Nuisibles », un étrange personnage surgit du sol, portant short coloré et cagoule réhaussée d’une Mohawk bariolée. Le titre de la pièce, ART. XIII, s’inscrit lui en rouge sur le piédestal, écho à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, adoptée en 1948 par l’Organisation des Nations unies : « Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. »

Phia Ménard
Phia Ménard : ART.13 © Christophe Raynaud de Lage

Enfoncer le clou
L’artiste est une récidiviste. Déjà ses Contes Immoraux (notamment Maison Mère) s’attaquaient à l’actualité et aux injustices de nos sociétés. Reproduisant le Parthénon en volume avec du carton scotché à la main, elle faisait écho au sort réservé au peuple grec, comme aux migrants, par l’UE. Un refuge précaire mis à l’épreuve des éléments, la pluie laissant notre guerrière grimée en costume de super-héroïne-punk bien seule face à l’édifice qui s’effondre, anéantissant tout espoir… avant qu’elle ne rebâtisse, autrement. La question des frontières demeure vivace, comme celle du patrimoine culturel et de la violence qu’il sous-tend. Ainsi le personnage principal d’ART.13 vient-il troubler l’ordre établi, la symétrie parfaite et l’héritage commun de représentation. Le corps de la performeuse Marion Blondeau « est masqué, presque lointain, mais les gestes sont virulents, beaux et gracieux. Cette présence fantomatique questionne : qui est sous ce costume et donc qui sommes-nous ? », glisse la metteuse en scène. Sa présence a tout du dérangement : de la démarche sautillante aux mouvements animaux, elle se dissimule tel un monstre. Et lorsqu’elle s’empare de la hache de la statue pour lui asséner un coup dévastateur, chacun pressent le drame à venir. Car on ne s’attaque pas impunément à l’ordre patriarcal sans retour de bâton encore plus grand. Étriller un symbole viriliste ne change pas un système. Phia Ménard orchestre un immense chaos – salvateur ? – dont l’issue passe par une libération des rêves et de l’imaginaire qui, seul au pouvoir, paraît capable d’intenter la révolution des fondements de notre vivre ensemble et de notre rapport aux autres.

Phia Ménard : ART.13

À La Filature (Mulhouse) mardi 6 février puis aux 2 Scènes (Besançon) mercredi 20 et jeudi 21 mars
lafilature.orgles2scenes.fr

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