More geometrico avec Mondrian à la Fondation Beyeler

PIET MONDRIAN, LE NUAGE ROUGE, 1907 Musée d’Art de La Haye, Pays-Bas © 2022 Mondrian/Holtzman Trust Photo: Musée d’Art de La Haye

Pour le 150e anniversaire de sa naissance, la Fondation Beyeler rend hommage à Mondrian et retrace l’Évolution du maître de la ligne droite et du quadrillage parfait.

Assise dans un coin de cuisine sombre, sabots aux pieds et coiffe de paysanne sur la tête, une femme s’applique à l’ouvrage, un fuseau à la main. À première vue, une scène classique de la peinture hollandaise du quotidien. Si ce n’est… la signature apposée dans un coin : “P. Mondriaan”. Ouvrant l’époustouflante exposition que consacre la Fondation Beyeler au maître de l’abstrait, Femme au fuseau (vers 1893-1896) – la plus ancienne des 89 toiles réunies – ne laisse pas de surprendre. Dans cette œuvre de jeunesse, les teintes ternes (austère bleu turquin, beige sali et morne brun) appliquées en pleine pâte, n’ont pas encore cédé le pas aux lumineux aplats de couleurs primaires. Et pourtant, quelque chose déjà se révèle à travers la grille géométrique du mur carrelé à l’arrière-plan. La structure et l’angle droit jouent un rôle dominant dans la composition de l’image. Si on la réduisait à des verticales et horizontales, apparaîtrait sans doute un schéma proche de la radicale Composition en noir et blanc avec lignes doubles de 1934, qui lui fait face dans l’astucieux accrochage témoignant de l’Évolution de l’artiste.

Figure de proue du mouvement De Stijl, Pieter Cornelis Mondriaan (1872-1944) – qui retira un “a” à son patronyme à partir de 1912 – a marqué en profondeur l’histoire, la peinture, le design, l’architecture… Ses célèbres agencements de lignes noires et de rectangles rouges, jaunes ou bleus sont en bonne place dans la présentation orchestrée par l’institution bâloise. Pourtant, le tour de force n’est pas là, mais plutôt dans le focus inédit sur les œuvres des débuts, si rarement montrées. Qui connaît ce Nuage rouge (1907), saisissant l’instant fugace où le soleil couchant embrase les cumulus ? Et que dire des expérimentations cubistes de sa première période parisienne (1911-1914), quand on croirait certaines des Compositions de ces tâtonnantes années tout droit sorties du cerveau d’un Georges Braque ou d’un Paul Klee ? Fils d’un pasteur calviniste exalté, Mondrian était un mystique, ambitionnant d’unir l’esprit et la matière dans des images dont « l’équilibre du mouvement dynamique de la forme et de la couleur » permettrait d’accéder à « la réalité pure* ». Ce n’est qu’à partir des folles twenties qu’il s’affranchit définitivement de la figuration pour approcher l’essence de la beauté par le biais des spirituels carrés épurés. L’homme peignait sans règle, le regard concentré à l’extrême, modifiant sans cesse la position de ses droites, comme l’a découvert le “Piet Mondrian Conservation Project” engagé en 2019 pour restaurer les sept œuvres de la collection du musée. Pour Lozenge Composition with Eight Lines and Red (1938), il lui aura fallu trois ans pour arriver à l’équilibre parfait, bougeant les lignes à plusieurs reprises, construisant millimètre après millimètre la sublime abstraction d’équerre.

Mondrian Evolution à la Fondation Beyeler

À la Fondation Beyeler (Riehen / Bâle) jusqu’au 9 octobre 
fondationbeyeler.ch

> Visite guidée en français, 04/09 (15h)

* In Toward the True Vision of Reality, texte rédigé en 1942 à l’occasion de son exposition à la Valentine Gallery de New York

vous pourriez aussi aimer