Lagarce version Johanny Bert dans Il ne m’est jamais rien arrivé
Dans Il ne m’est jamais rien arrivé, Vincent Dedienne donne corps aux journaux intimes de Jean-Luc Lagarce, sous la direction de Johanny Bert.
Le plasticien, marionnettiste et metteur en scène Johanny Bert présente un spectacle bien plus intime et épuré que nombre de ses créations précédentes. Ici, pas de pantins dirigés dans l’ombre, ni de dispositif scénique complexe, comme dans sa relecture de La Flûte Enchantée ou La (nouvelle) Ronde, réécriture du roman de Schnitzler. Johanny Bert revient à l’os du théâtre : un plateau vide, un acteur et un monologue. Sur les planches, Vincent Dedienne, comédien et humoriste bien connu, reprend les journaux intimes de Jean-Luc Lagarce (1957-1995), porté par les illustrations d’Irène Vignaud. Projetées en fond de scène et sur son visage, figurent parfois des noms et autres mots forts, comme les insultes que recevait l’auteur de son vivant, mais aussi silhouettes, visages ou encore bâtiments et scènes de foules illustrant le propos.
Dedienne donne voix à un texte couvrant plus de vingt ans de la vie de l’écrivain – de ses 17 à 38 ans, âge de son décès –, soit plus de 1 000 pages d’interrogations, d’idées et de doutes. Il y livre des pensées sans filtre, teintées d’humour, écrites pour lui-même et sans pudeur : « J’ai une voiture. Et la Syphilis. Grand article dans Paris Match sur la Vague homo : Ils atteignent la France… ». S’y dévoile le portrait d’un jeune homme des années 1980, partagé entre Paris et Besançon, baignant dans la vie culturelle et sociale de son époque et confronté à la solitude et au Sida, qui l’emporta. On y voit aussi la disparition progressive de proches et d’artistes inspirants, qui marquèrent son existence et son œuvre, comme Jean-Paul Sartre ou Patrick Dewaere. La représentation rend ainsi hommage à ce fils d’ouvrier qui s’est tourné vers l’écriture et le cinéma, et dont les textes, d’une plume brute, presque anti-théâtrale, ont fini par constituer un style à part entière, une écriture aujourd’hui qualifiée de « lagarcienne » faite de ratures, d’hésitations et de recommencements. Auteur d’une vingtaine de pièces, Lagarce n’a été véritablement reconnu qu’après sa disparition. Sa consécration survient notamment en 1999, lorsque Joël Jouanneau adapte Juste la fin du monde, révélant l’ampleur de son œuvre. Il est aujourd’hui le dramaturge français le plus joué dans le monde. La pièce, réadaptée l’année dernière, par Johanny Bert — Vincent Dedienne y tient d’ailleurs le rôle principal, — dépeint un protagoniste incapable d’annoncer sa mort prochaine à ses proches. Il ne m’est jamais rien arrivé prend le contrepied : ici, tout est dit, tout est partagé, comme une réponse frontale au silence qui entourait la vie et l’écriture de Lagarce.
Au Nouveau Théâtre (Besançon) mercredi 28 janvier et au Théâtre de Montbéliard jeudi 29 janvier
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