Ballets russes

Photo de Grégory Massat

Pour le premier concert de sa première saison en tant que directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, Aziz Shokhakimov a choisi un programme qui lui ressemble, mêlant sonorités russes et françaises.

Impétueux et précis, nous avions dé- couvert l’incandescent Aziz Shokhakimov au pupitre de l’OPS en 2014 pour un virevoltant Concert à l’Université. Depuis, l’histoire d’amour entre le jeune chef ouzbèke (né en 1988) et la phalange strasbourgeoise a suivi son cours, de Symphonie n°10 de Chostakovitch en inoubliable cinquième de Mahler. Alors que débute son mandat de directeur musical – puisqu’il succède au chef slovène Marko Letonja –, le lauréat du prestigieux Concours international de direction d’orchestre Gustav Mahler (2010) fait naître beaucoup d’espoirs dans le cœur des mélomanes, tant cette étoile montante de la baguette semble promise à tutoyer le firmament. Il a imaginé une première saison dont les concours entrent en résonance avec sa personnalité artistique… Parcourue par un délicat tropisme franco-russe, elle débute par une soirée à la semblance d’une carte de visite. Longue chevelure volant au vent, look de rock star, le violoniste Nemanja Radulović y interprète le Concerto n°2 de Prokofiev, un compositeur cher au cœur d’Aziz Shokhakimov : « Il y a des instants magiques dans ses œuvres, faisant penser à de véritables contes de fée. Sa musique permet de quitter le présent, parce qu’elle se situe en quelque sorte en dehors de la réalité, dans un autre monde. Peut- être a-t-il créé ce monde. Peut-être existe-t-il vraiment, qui sait… Le compositeur emporte en tout cas l’auditeur et l’interprète dans une autre dimension d’essence spirituelle, au-delà du monde sensible, comme dans certains films hollywoodiens à l’image d’Inception de Christopher Nolan », résume le chef. Trois pièces placées sous le signe de la danse entrent en résonance avec ce lyrisme slave. Aux extases polovtsiennes tirées du Prince Igor de Borodine et aux accents tsiganes des Danses hongroises de Brahms et des Danses de Galánta de Kodály, il fallait néanmoins une réplique toute de fluidité et de transparence. C’est le cas des deux Nocturnes ici donnés. Inspiré à Debussy au tout début du XXe siècle par l’art délicat du peintre James Whistler, ce triptyque est ainsi décrit par son auteur : « Il ne s’agit donc pas de la forme habituelle de Nocturne, mais de tout ce que ce mot contient d’impressions et de lumières spéciales ». Après Nuages – « véritable Turner sonore » pour le musicologue Harry Halbreich – c’est Fêtes que nous allons entendre. Voilà une plongée dans le mouvement, le rythme dansant avec des éclats de lumière brusque où l’on croise un cortège, comme dans un rêve. Et Debussy de conclure évoquant « une retraite aux flambeaux, le soir au Bois… Puis les cavaliers de la garde républicaine, resplendissants… Et les clairons qui sonnaient leur fanfare… »


Au Palais de la Musique et des Congrès (Strasbourg), jeudi 9 septembre
philharmonique.strasbourg.eu

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