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Magnifique édition des Bibliothèques idéales 2026, à Strasbourg

Adèle Van Reeth, Rachida Brakni & Enki Bilal © Vincent Muller / Bibliothèques idéales

Avec pour mot d’ordre un célèbre vers d’Aragon – « C’est une chose étrange à la fin que le monde » –, les Bibliothèques idéales proposent un feu d’artifice sémantique.

Chaque année, le festival ressemble à un fantastique kaléidoscope, où se croise la fine fleur de la littérature (mais pas que…), de la « papesse » Amélie Nothomb (18/09, Saint-Guillaume) avec L’Adolescence du perroquet (Albin Michel), son opus annuel attendu par ses afficionados, à Nina Bouraoui (02/10, Saint-Guillaume). Dans Championne (Jean-Claude Lattès), elle livre la confession d’une jeune fille en feu qui tape rageusement une balle de tennis contre un mur, au pied de son immeuble. Un moyen de se construire et de grandir en échappant aux affres de la famille. Rachida Brakni (20/09, Parlement européen), pour sa part, évoque son dernier roman, La Part absente (Stock) – variation sur l’identité d’une femme algérienne, Karima, qui a changé le « m » de son prénom en « n », croyant être plus libre en se fondant dans le moule occidental –, dans une table ronde sur les décolonisations aux côtés, notamment, de l’historien Pascal Blanchard.

On apprécie aussi la carte blanche laissée à Enki Bilal (26/09, Saint-Guillaume), dont la thématique « La Culture est en danger » se révèle terriblement actuelle. Monstre sacré de la BD avec des opus comme La Foire aux immortelsPartie de chasse ou Les Phalanges de l’Ordre noir, réalisateur de cinéma (Bunker Palace Hôtel, etc.), peintre, écrivain, plasticien invité à la Biennale de Venise ou encore fondateur d’un lieu dédié à la création contemporaine en plein cœur du Marais (ouvert en juin), l’homme n’a pas sa langue dans sa poche. Éperdument libre, il est en prise avec son époque : preuve en est apportée par la saga Bug (quatre volumes au compteur, le cinquième, conclusif, est annoncé), réflexion sur l’apocalypse numérique – qui débute en 2041, alors qu’en une fraction de seconde, toutes les données de tous les ordinateurs de la planète sont effacées – se plaçant clairement dans l’orbite des penseurs technosceptiques, à l’image de Jacques Ellul. On est aussi très heureux d’aller à la rencontre de Joann Sfar (27/09, Saint-Guillaume), l’un de ceux dont le regard sur le conflit israélo-palestinien nous semble le plus juste. La preuve ? Il se fait dézinguer par les extrémistes des deux camps. L’auteur ultra-prolifique du Chat du rabbin qui dessine, écrit et pense plus vite que son ombre présente, en avant-première, Les Enchanteurs, une nouvelle collection qu’il a créée aux Arènes – histoire de revi- siter les récits fondateurs de notre imaginaire collectif – où paraissent, début octobre, Niglo et le renard et Le Seigneur des cailloux.


De dialogues féconds – entre Étienne Klein et Adèle Van Reeth (19/09, Parlement européen) sur notre incapacité à demeurer face à nous-mêmes – en rencontres majeures, comme celle avec Yasmina Khadra (23/09, Saint-Guillaume) autour du Prieur de Bethléem (Flammarion), le programme est d’une extrême densité avec une soixantaine de rendez-vous. Parmi eux, impossible de manquer l’immense illustrateur qu’est John Howe (04/10, Saint-Guillaume) – mondialement célèbre grâce à sa collaboration avec Peter Jackson sur ses deux trilogies, Le Seigneur des Anneaux et Le Hobbit –, qui livre Révolution (La Nuée Bleue), génial album autour de la Guerre des paysans au XVIe siècle. L’auteur canadien y déploie son univers visuel qu’on aime tant depuis son opus sur la Cathédrale de Strasbourg (où il a étudié, aux Arts Déco), vision « hyper gothique » passée au prisme de l’heroic fantasy : s’aligent les portraits des différents protagonistes – Érasme Gerber, Hans Müller, Margarete Renner, etc.) tandis que les textes d’Alexis et Yannis Metzinger éclairent de manière didactique cette histoire trop mal connue.

Esther Teillard et son Fuck Circus (Grasset), voyage halluciné dans la nuit d’une jeune femme larguée par son amoureux, sont aussi de la partie : « Le square est vide, nos corps sont rouges, nous nous emboîtons derrière un toboggan orange. Ses baisers tracent des formes, des losanges, des rectangles. Pas de cercles. Comme s’il refusait la rondeur», écrit-elle pour évoquer cette nuit qui prend la forme d’une ivresse collective et d’un tourbillon des passions inavouables. Avec qui pouvait dialoguer la jeune femme, si ce n’est Frédéric Beigbeder (03/10, Saint-Guillaume) ? Il est de retour pour Ibiza a beaucoup changé (Albin Michel), variation tragi-comique sur le « nouveau monde ». Le thème de l’affaire ? La vie est une farce ! On parlera aussi « engagement » avec notamment Jean-Noël Orengo (23/09, Médiathèque André Malraux), qui signe un remarquable roman sur Pierre Drieu La Rochelle avec La Rédemption (Grasset).

Les Bibliothèques idéales, ce sont aussi de multiples « concerts littéraires » : Olivia Ruiz organise ainsi un sacré voyage (25/09, Saint-Guillaume), tandis qu’une soirée exceptionnelle est dédiée aux icônes que sont Régine et Dalida (27/09, Saint-Guillaume). En clôture, avant la rencontre avec Delphine Horvilleur (04/10, Saint-Guillaume) – pour Sermons sous les décombres, publié aux éditions tout juste fondées par Olivier Nora –, sera donné All you need is jazz : le Grégory Ott trio y explore avec jubilation le répertoire des Beatles !


Au Parlement européen, en l’Église Saint-Guillaume et dans d’autres lieux (Strasbourg) du 18 septembre au 4 octobre
biblideales.fr

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