On était des anges : les ados à la loupe du duo Risbjerg / Pandolfo
Duo strasbourgeois à la scène comme à la ville, la scénariste Anne-Caroline Pandolfo et le dessinateur Terkel Risbjerg publient le tome 1 d’On était des anges, diptyque plein de sensibilité sur l’adolescence.
À quelques encablures de Strasbourg se trouve Isheim, village-dortoir imaginaire où une bande de teenagers traîne son ennui. C’est dans un tel cadre qu’Anne-Caroline Pandolfo a grandi, à la fin des années 1980 : « C’était un cauchemar pour nous, dont la seule envie était de partir, alors que nos parents étaient heureux, dans leur maison, avec leur petit jardin », résume-t-elle dans un sourire. Si son compagnon, Terkel Risbjerg, a vécu bien différemment – « J’étais au centre de Copenhague, mais à cette période de l’existence, nous sommes tous pareils », sourit le dessinateur –, il réussit à retranscrire l’atmosphère de la banlieue pavillonnaire d’un trait élégant et expressif. Dans ce roman graphique, le couple met en scène le désœuvrement avec finesse, suivant les amours passionnées et les amitiés éternelles d’un petit groupe qui « zone », rêvant d’ailleurs inaccessibles, portés par les chansons de The Cure. Dans des chambres décorées de posters de The Jesus and Mary Chain, The Sisters of Mercy, Siouxsie and the Banshees, etc. se déploient des existences ressenties comme vides. Il y a Hervé, Chris, Tralala, Vivi… Certains ont les yeux charbonneux, d’autres des coupes imitant celle de Robert Smith. Tous ont des looks étudiés… Ils roulent en mobylette, fuguent en direction de l’Allemagne, achètent des Malabars à la « Coopé », dansent sur Femme libérée ou Walk Like an Egyptian pendant des boums, castagnent au cours d’une fête de village qui dérape.
Les auteurs observent la vie de tous les jours des différents protagonistes avec beaucoup de tendresse, montrant que sous leurs airs bravaches de rebels without a cause, se dissimule surtout une immense fragilité. Ils composent une variation pleine de finesse, nimbée d’une certaine nostalgie, sur l’adolescence, qui se poursuivra dans un tome second (parution en août) où le lecteur retrouvera la petite bande en 2023 : ils sont parents à leur tour. Qu’est cet âge de la vie devenu à l’ère des écrans ? L’ennui est-il de la même essence ? Qu’est-ce qui a changé dans un monde où, à 17 ans, on est beaucoup plus sérieux qu’avant, conscient de l’urgence climatique, de la maltraitance animale, de la nécessité de l’égalité de genre, etc. ? Après cette échappée belle, le duo Pandolfo / Risbjerg partira sur d’autres chemins, suivant le quotidien de Mathieu Guibert (auréolé de deux Étoiles au Guide Michelin, à La Plaine-Sur-Mer). Ils poursuivent néanmoins leur quête artistico-humaniste en questionnant la fonction d’un chef… qui n’est pas uniquement de faire à manger, mais aussi de préserver le paysage, d’entretenir un lien vertueux avec l’écosystème agricole local, etc.

Paru chez Dargaud (22,95 €)
dargaud.com
> Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg rencontrent leurs lecteurs à la librairie Ça va buller (Strasbourg), samedi 4 avril
canalbd.net/ca-va-buller







