Who run the world ? Girls !

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Le festival Les Femmes s’en mêlent le clame depuis 18 ans, sur fond de riffs ou de beats : le rock ne se conjugue pas qu’au masculin. LFSM met les points sur les i tandis qu’un livre, de Steven Jezo-Vannier, aide à replacer les filles sur l’échiquier pop.

Le rock ? Une affaire de virilité, de testostérone et de biscottos. Un truc de gars qui en ont dans la housse de guitare. Un domaine réservé aux mâles sachant davantage rouler des mécaniques que manier le micro. Le récent bouquin de Steven Jezo-Vannier, Respect, Le rock au féminin (édité par Le Mot et le reste – www.lemotetlereste.com), tombe à pic pour remettre les pendules à l’heure. Il rappelle qu’en cent ans de musique populaire, les filles ont « quitté les marges artistiques […] pour prendre place sur scène ». Dès le début des années 1920, elles ont su « jouer de leur corps et de leur voix pour imposer leur talent », bataillant contre la misogynie ambiante. L’auteur déplore une vision partielle de « l’histoire et la légende du rock » qui « oublient un peu vite que les femmes ont toujours été présentes, parfois même à l’origine des révolutions musicales ». Il dénonce une « vaste mise en scène » imposant « une répartition des rôles où l’homme serait actif et la femme passive », une conception qui pose « une frontière artistique entre la lumière des projeteurs, où brille le chanteur, et la périphérie où s’agitent ses admiratrices ». La lecture de ce livre nous apprendra notamment que « contrairement à ce que laisse supposer la construction légendaire du blues, autour de figures tutélaires comme Robert Johnson et Son House, ou plus tard Muddy Waters, John Lee Hooker et Howlin’ Wolf, la commercialisation du blues est à l’origine une affaire de femmes. »

Et de citer les enregistrements, dans les twenties, de pionnières telles que Mamie Smith, génitrice de protest songs féministe, ou Ma Rainey qui chante sans complexes son penchant pour l’alcool et le sexe, ne dissimulant pas sa bisexualité. Et de passer en revue toutes ces fortes personnalités, tous genres confondus, ayant écrit les pages rock au féminin, rock tout court : Aretha Franklin qui a, via ses chansons, rejeté « le modèle de la femme au foyer » et refusé « la dépendance matérielle et financière à l’égard de l’homme », ou Gloria Gaynor et son I Will survive mettant en scène « l’émancipation d’une femme vivant la rupture amoureuse comme une libération ». Citons encore Patti Smith, « mère du punk » qui ouvra la voie aux Slits, aux Raincoats ou au mouvement Riot grrrl qui, dans les nineties, mena un « combat contre la domination masculine et ses excès ».

Who’s that girl ?

Les descendantes d’Aretha Franklin et de Janis Joplin, de PJ Harvey, Beyoncé, Billie Holiday ou même Britney ? De Madonna, Salt’n Pepa ou Queen Latifah ? Elles partagent l’affiche des Femmes s’en mêlent qui « célèbre la scène féminine indépendante » depuis 18 ans. Cette année, le festival majeur, irrigant tout l’Hexagone, rassemble Andrea Balency et son electro-soul sexy, Gazellle Twin qui embarque l’auditeur dans un univers technoïde anxiogène, Little Simz, son incroyable flow et ses casquettes portées à l’envers, ou la frêle Jessica Pratt et son folk ancestral et dépouillé.

LFSM envoie trois formations dans l’Est, des (spice) girls s’exprimant avec un vocabulaire différent les unes des autres. Auteur d’une surprenante reprise piano / voix des Rebelles de Bérurier noir (« Nous vivons comme en Afrique, au rythme de nos musiques… »), Mansfield.TYA fête les dix ans de June à l’occasion du festival. Le duo jouera les titres de son premier album, des morceaux, interprétés dans la langue de Piaf ou de PJ, où Julia et Carla noient leur colère dans des chansons tendues pleines de rancœur, de tourments, de folie. Des violons longs, des notes pianotées, un chant désabusé. Changement de décor avec C.A.R. (comme Choosing Acronyms Randomly), projet solo de Chloé Raunet, jolie garçonne proche de Gesaffelstein2 qui officia au sein de Battant. Sous le pseudo C.A.R. (proposons Compos Archi Rigoureuses ou Carrément Anti Rébarbatif), elle se met à nu sur My Friend, album érotico-electro-punk, sec et minimaliste, sorti sur le label Kill the DJ, à classer quelque part entre Visage, New Order, Laurie Anderson, Le Tigre et Christophe dont elle reprend La Petite fille du 3e.

Il est également question de new-wave avec Cosmetics, duo canadien signé sur l’excellent label Captured Tracks, qui souffle le chaud et le froid sur des titres synthétiques d’apparence sucrés (Black Candy, Honey Honey) mais s’avérant dark et âcres. Des morceaux sensuels, à écouter bien frappés, sous les stroboscopes d’un club sombre de Vancouver.

À Metz, aux Trinitaires, vendredi 27 mars (Mansfield.TYA) et samedi 28 mars (C.A.R. + Cosmetics)

03 87 20 03 03

www.trinitaires-bam.fr

À Strasbourg, à La Laiterie, mercredi 1er avril (C.A.R. + Cosmetics) ANNULÉ !

03 88 237 237

www.laiterie.artefact.org

www.lfsm.net

Emmanuel Dosda
Emmanuel Dosda
journaliste
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