Petit à petit, l’oiseau fait son nid

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Photo de Fanny Dion

Souchon, Arthur H ou Izïa : tout un nuage de drôles d’oiseaux s’envole vers La Laiterie afin de prêcher la bonne parole des Colibris, mouvement éco-citoyen fondé par Pierre Rabhi et Cyril Dion, auteur, avec Mélanie Laurent, du documentaire Demain. Entretien aujourd’hui, avant qu’il ne soit trop tard.

De la politique dans des salles de concerts : ça n’est pas courant…

Ce qu’on fait avec les Colibris ou le film Demain est politique, bien sûr. Nous avons besoin de nous réapproprier le pouvoir de changer la société. Cette tournée a pour but d’interpeler les gens et de leur dire : attention, nous avons une responsabilité et il est important de prendre part au débat. La société, voire l’humanité, va dans une direction suicidaire. Nous donnons des pistes pour transformer des élans isolés en quelque chose de concret et communautaire.

Comment voyez-vous le monde de demain ?

Objectivement, c’est inquiétant, surtout si on additionne tous ces paramètres : le changement climatique, l’effondrement de la biodiversité, l’extinction des espèces, l’érosion des sols, la déforestation, la disparition de la vie marine, la prolifération des déchets, l’augmentation de la population qui a triplé ces 70 dernières années, les inégalités pouvant conduire à des guerres…

Vous nous faites peur…

Des chercheurs de la NASA ont observé toutes les civilisations, romaine ou maya, qui se sont effondrées. Ils ont remarqué la combinaison de deux facteurs : une consommation des ressources naturelles plus rapide que leur renouvellement et des inégalités intenables. Ces paramètres sont présents : nous vivons à crédit et le partage des richesses est critique vu que, selon Oxfam, huit personnes ont autant de patrimoine que la moitié de l’humanité.

Après ce scénario catastrophe, dites-nous vers quoi vous aspirez avec Les Colibris ?

Rien de très original… Nous aimerions que tous les hommes puissent subvenir à leurs besoins fondamentaux : se nourrir, s’abriter, se soigner, être éduqués, vivre de façon décente… Nous voudrions aussi qu’ils puissent s’épanouir dans la société en faisant une chose pour laquelle ils ont du talent. Arrêtons d’être au service des autres et entrons en symbiose avec l’écosystème !

Comment parvenir à cette harmonie ?

En favorisant la permaculture par exemple : on s’appuie sur les ressources naturelles et y ajoutons de l’intelligence humaine en utilisant des outils low-tech qui permettent de démultiplier la fertilité des sols et la productivité. Ici, nos actions réduisent l’impact sur la nature et régénèrent l’écosystème !

Belle initiative, mais que peut faire le citoyen lambda dans son quotidien ?

Freiner sa boulimie matérialiste : acheter moins et mieux, pas trop loin de chez lui. Éviter d’acquérir un vêtement fabriqué à l’autre bout de la planète en coton arrosé de pesticides, choisir un fournisseur d’électricité n’utilisant pas le nucléaire, se déplacer à vélo, baisser sa consommation de viande qui conduit à la déforestation et la disparition des espèces, choisir une banque qui ne spécule pas… Et créer des activités professionnelles qui vont dans ce sens, inventer son métier qui contribue à construire un monde respectueux !

Faut-il brûler Ikea ?

La situation est trop grave pour s’interdire de parler à tout le monde ! Il faut engager l’action de tous, même des grandes entreprises. Cependant, pour que le système économique fonctionne bien, il faut de la diversité et les grosses boîtes ont tendance à tout standardiser. Plus une entreprise prend de l’ampleur, plus elle uniformise et concentre d’argent. C’est nécessaire d’amoindrir le pouvoir des multinationales et de développer un maximum de petites et moyennes entreprises ancrées sur les territoires, de trouver un point d’équilibre.

Le Chant des Colibris, à La Laiterie (Strasbourg), samedi 27 mai de 11h à 18h (débats et ateliers) et de 20h30 à 23h (concerts / lectures)

artefact.org 

 

 

 

 

 

 

 

chantez, colibris !

Cyril Dion n’a eu aucun mal à convaincre Bastien Lallemand, Alain Souchon, Arthur H ou Izïa Higelin, Zaz, Tété ou Albin de la Simone (tous présents à Strasbourg), des artistes se sentant en phase avec la philosophie des Colibris. Les oiseaux bienfaiteurs se “servent” de leur popularité pour toucher des gens qui ne sont pas forcément sensibles aux questions de la démocratie participative, du revenu de base, des outils démocratiques nouveaux, autant de sujets traités durant des conférences au cours de la journée précédant le concert. Il s’agit de pédagogie, mais aussi d’un véritable spectacle où les prestations musicales sont entrecoupées de lectures d’extraits de poèmes et autres textes de Cyril Dion… qui apprécie autant les chansons de Souchon que les éco-villages en construction, la culture ou de la permaculture.

colibris-lemouvement.org

 

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Emmanuel Dosda
Emmanuel Dosda
journaliste
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