Le Sorelle Macaluso, Funérailles à la sicilienne

Enfant terrible du théâtre italien, Emma Dante poursuit son exploration de l’âme humaine depuis sa Sicile natale. Le Sorelle Macaluso nous entraîne dans la vie de sept sœurs en plein quartier pauvre de Palerme.

Elle danse, seule, dans la pénombre. Ses voltes lui donnent le tournis dont elle s’enivre jusqu’à la chute. Rejointe par une horde en marche, vêtue d’une tenue noire asexuée, emportant tout sur son passage, un joyeux brouhaha prend vie. Les sept sœurs de la famille Macaluso s’émoustillent comme une bande d’ados espiègles et rejouent cette époque d’antan des grands éclats de rire incontrôlables. Dans leur ruelle d’un coin de Palerme, on tchatche à toute vitesse, dans un débit de mitraillette. Avec son art si particulier du théâtre qu’elle dirige toujours dans un minimalisme esthétique – érigé en marque de fabrique – dédié aux corps et à la parole, Emma Dante ausculte les relations de fratries modestes, les troubles existentiels, la violence, le rapport au deuil à l’instar de Vita Mia et de son Operetta Burlesca. Il y a quelque chose de pourri dans ce royaume nommé famille.

Face à nous, les sœurs Macaluso revivent l’excitation nocturne précédant leur première sortie pour voir la mer avec leur padre. Dans ce grand huit collectif des sentiments que constituent les souvenirs d’enfance, chacun passe du rire aux larmes, le cœur au bord du vide. L’émotion première de la découverte de cette chaude étendue à perte de vue se noie dans la stupeur et la tristesse en un claquement de doigts. Car le drame n’est jamais loin, les fêlures intimes des adultes révèlent leurs origines quand rode la mort. Dans ce théâtre pur et frontal où tout n’est qu’émotion, humanité touchante et touchée, nous découvrons celle qui jamais ne sortit de l’eau, la rancœur de l’aînée envoyée en pension, le poids du handicap, les jalousies soldées en règlements de comptes où chacune sait taper là où les cicatrices suintent, encore et toujours. Le poison du passé et de la vie qu’on rêvait autre : élever son fils sur les traces de Maradona avant que le destin ne s’en mêle, danser telle une étoile, trimer comme un dingue pour faire vivre ses sept filles malgré l’absence de leur mère, l’amour dont on a manqué… La vie – la vraie ! – charriée avec une authenticité brute des plus fraternelles, entre économie d’effets et poésie des corps.

Au Théâtre Ledoux (Besançon, en palermitain surtitré en français), vendredi 8 et samedi 9 janvier
www.les2scenes.fr
> Le film Palerme d’Emma Dante sera diffusé dans le cadre de la programmation cinéma des 2 scènes, vendredi 15 janvier

Au Maillon-Wacken (Strasbourg, présenté avec le Kulturbüro Offenburg, en palermitain surtitré en français et en allemand), du 12 au 16 janvier
www.maillon.eu
www.kulturbuero.offenburg.de
> Rencontre avec l’équipe artistique, jeudi 14 janvier

À La Filature (Mulhouse, dans le cadre du Festival Les Vagamondes voir page 20, en palermitain surtitré en français), mardi 19 et mercredi 20 janvier
www.lafilature.org

Au Théâtre de Montbéliard (dans le cadre de Frimats, en partenariat avec Le Granit, en palermitain surtitré en français), vendredi 22 janvier
www.mascenenationale.comwww.legranit.org

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