En prenant le pari d’un Otello à l’os, le metteur en scène Ted Huffman met l’accent sur le caractère intime de l’opéra de Verdi.
Tout récent directeur du Festival d‘Aix-en-Provence, Ted Huffman s’est attaqué à Otello : amours, jalousie, manipulations, crime… Le cocktail détonnant de cette version verdienne de la pièce de Shakespeare se révèle idéal ! Le parti pris de notre homme semble excitant sur le papier : en choisissant de se placer au service du texte, comme il le fait le plus souvent, il applique à l’opéra une approche venue du théâtre élisabéthain, une époque où « les mises en scène ne recouraient à presque aucun décor autre que l’espace scénique lui-même. Les plateaux comportaient des portes pour les entrées et sorties, et des tables ou des chaises étaient installées selon les besoins des scènes. Les costumes étaient pour la plupart contemporains, avec parfois quelques références au passé, en fonction de la pièce. De véritables mondes prenaient vie à travers le texte, la musique et le mouvement, jamais par la recherche d’un réalisme pictural », résume-t-il. Mission accomplie avec des décors dépouillés à l’extrême et des vêtements passe-partout évoquant plus ou moins l’Italie des années 1950, entre violence machiste et raffinement ensoleillé.
Nous avions découvert cette réduction revendiquée à la création de la production par l’Opéra national du Rhin, à Strasbourg, fin octobre 2025. Elle nous avait laissés dubitatifs. La faute, en grande partie, à une direction d’acteurs parfois erratique. La puissante tension dramatique inhérente à l’œuvre semblait s’évaporer dans les évolutions et la gestuelle des protagonistes perdus dans un espace trop grand pour eux. Surprenant chez un metteur en scène qui séduisit si souvent avec un tel credo comme, par exemple, dans Werther de Massenet à l’Opéra-comique, en janvier 2026. La vertu des reprises (et ici le casting vocal est très prometteur, tout comme la direction de Giulio Cilona) est de pouvoir remédier à ces carences : on a toute confiance en Ted Huffman pour nous emporter à nouveau au plus près des sentiments – travaillant gestuelles, postures, attitudes… – et pour métamorphoser les scènes de chœur en chorégraphies millimétrées, plaçant son esthétique minimaliste au service d’une maximisation de l’émotion et de la tension qui va crescendo… épousant ainsi la vision du monde de Verdi, même si la fin est un brin twistée puisqu’Otello tue Desdemona d’un coup de pistolet alors qu’il est censé l’étrangler. Écart peu dommageable si le reste de l’affaire se transforme en ballet bien réglé !
À l’Opéra national de Nancy-Lorraine (Nancy) jusqu’au 4 octobre et au Grand Théâtre de Luxembourg du 15 au 21 octobre
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