> > > > > > > > > > > > > > > > >
Abonnez-vous !
< < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < <

Schwitters à l’honneur au Zentrum Paul Klee de Berne

Kurt Schwitters, Bild Lyonel / wie eine Landschaft von Feininger., 1933. Sprengel Museum Hannover, Leihgabe Kurt und Ernst Schwitters Stiftung, Hannover, seit 2001 Foto: Herling, Herling, Werner

Il fut L’Avant-gardiste inclassable : à Berne, le parcours de Schwitters se déploie dans une extrême densité, avec le mouvement Merz comme épine dorsale. 

Indépendant, Kurt Schwitters (1887-1948) l’était. Radical, également. Il fonda Merz, un mouvement dont il fut et demeure l’unique représentant, dont le nom est un fragment de Kommerz- und Privatbank. Ce bout de papier déchiré sert de matériau pour un tableau fondateur intitulé Merzbild I (1919), d’où jaillissent ces quatre lettres qui font évidemment penser à Dada. Identique longueur, identique non-sens et identique utilisation, dans la création de l’œuvre d’art, des « tessons misérables d’une culture périmée », pour reprendre les mots célèbres de Hugo Ball. Invention d’un homme à l’ego plus gros que le Ritz, furieux de ne pas avoir été accepté au Club Dada de Berlin ou dernier avatar du dadaïsme ? Sans doute un peu des deux… Passionnante, cette exposition construite chronologiquement revient sur la trajectoire d’un météore (figuratif tendance académique, il se fit expressionniste, puis tendit vers l’abstraction avant de « merzer »), qui eut une belle influence sur le XXe siècle, de Jean Tinguely – se déclarant « enschewittré » – aux fondateurs de l’Arte povera.

Au fil des salles, le visiteur le voit œuvrer dans toutes les directions : poésie, théâtre, peinture, typographie, publicité ou encore sculpture (liste non exhaustive), sans oublier les collages qui constituent la forme d’expression centrale de l’artiste. Kurt Schwitters y recycle tout : timbres, tickets de métro, morceaux de papier peint, bouts d’étoffes, étiquettes de fromage, feuilles de journal, factures de restaurant, etc. Formés de « déchets » de la civilisation urbaine, ils sont comme des miniatures, parfois peintes, où ces rebuts acquièrent une nouvelle noblesse. C’est dans les compositions de petite taille que cette métamorphose atteint le maximum de sa puissance : Merzzeichnung 156 Mitte blau (1920) ou Das Bäumerbild (1920) en sont de beaux exemples. L’échelle change avec la pièce maîtresse du parcours, une reconstruction immersive du Merzbau détruit en 1943 – auquel il travailla entre 1919 et 1933 dans sa maison de Hanovre –, grotte aux dominantes blanches où les surfaces géométriques sont agencées comme d’immenses tentacules. Dans ce monde à l’intérieur du monde qui préfigure les installations contemporaines se découvrent, ici, une colonne de guingois, là, une voûte qui se brise. Fascinante, cette œuvre d’art totale est une manifestation éclatante de l’envie de bâtir une utopie à la (dé)mesure de son seul créateur. 


Au Zentrum Paul Klee (Berne) jusqu’au 21 juin
zpk.org

> Incroyable poème sonore signé Kurt Schwitters, la Ursonate est interprétée par Michael Schmid (18 & 19/04)

> Visites guidées en français les 12/04 et 31/05 (15h)

vous pourriez aussi aimer