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Rivaliser avec la réalité : le photoréalisme au cœur du Museum Frieder Burda

Richard Estes, Nedick’s, 1970, Carmen Thyssen Collection © Richard Estes, Courtesy Schoelkopf Gallery, New York, 2026

En plus de 90 œuvres réalisées par une trentaine d’artistes, Rivaliser avec la réalité explore 60 ans de photoréalisme dans un parcours à haute intensité. 

Aux États-Unis, au cours des années 1960, de jeunes rebelles s’élèvent contre la domination d’un expressionnisme abstrait finissant. Ils choisissent un retour au figuratif, prônant un modus operandi nouveau. Des peintres comme Malcolm Morley ou Chuck Close (qui déclarait, en 1978, « J’aime l’idée de recycler des images ») se servent ainsi de photographies pour base. Pour eux, il s’agit certes de reproduire le réel, mais un réel déjà fixé et circonscrit par l’objectif. La vie, par cette démultiplication plastique, accède à une « hyperréalité », se figeant dans un au-delà constituant une sorte de « méta-réalité ». Une première section, au rez-de-chaussée, se concentre sur ces pionniers qui explorent le consumérisme et la publicité triomphants de l’American way of life, ce qui en fait les rejetons bâtards du Pop art. Se déploient, par exemple, les vues de banlieues middle class de Robert Bechtle (Santa Barbara Patio, 1983) ou les voitures de Don Eddy (Private Parking III, 1971), Ron Kleemann ou John Salt, qui livre une version mélancolique des USA avec ses bagnoles abandonnées (Montego, 1968), dont les intérieurs se dissolvent dans les brumes de fascinants sfumatos. On demeure ébahi par les vues urbaines de Richard Estes sursaturées de signes (enseignes, néons, etc.) où l’on s’amusera à chercher sa signature, comme dans Nedick’s (1970).


La mezzanine est consacrée à l’œuvre de Karin Kneffel – à partir de clichés, son processus de création ressemble à une sédimentation mentale d’images et d’impressions générant des peintures hallucinogènes –, tandis que le premier étage regroupe les développements les plus récents du photoréalisme : natures mortes en forme d’alignements de canettes de Coca ou de Red Bull signées Pedro Campos (A Hot Day II, 2008), vues de la skyline de New York de Raphaella Spence, intérieurs vides, lisses et métaphysiques peints au pistolet par Ben Johnson (Leading Light, 2001, aux airs étonnamment « hopperiens »)… On craque pour les compositions de Johannes Müller-Franken, architecturées avec un soin maniaque et initiant des histoires imaginaires déroutantes, qui évoquent curieusement des images générées par l’intelligence artificielle (Castel Rigone, 2012). Comme dans les clichés de Gregory Crewdson, le visiteur peut tisser les fils d’une narration. Deux femmes arrêtées en pleine montagne sous un ciel constellé d’étoiles, leur voiture (peut-être) en panne : dans Wetterstein (2022), rien n’est paisible, contrairement aux apparences. Qu’est-ce qui se joue dans cette scène onirique, glamour et glaçante à la fois ? À chacun d’apporter sa réponse… 


Au Museum Frieder Burda (Baden-Baden) jusqu’au 2 août
museum-frieder-burda.de

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