Les Mondes juifs : passionnants auteurs rassemblés à Strasbourg
Dialoguer, penser, questionner, analyser : tel est l’objet de cette plongée dans Les Mondes juifs réunissant à Strasbourg écrivains, chercheurs, traducteurs…
Dans un contexte qu’on qualifiera pudiquement de « complexe », une telle manifestation ressemble à un espace de réflexion bienvenu permettant de faire circuler les mots et les idées et venant interroger les enjeux contemporains des mondes juifs, entre transmission de la mémoire, lutte contre les replis identitaires et réflexion sur les dérives de la démocratie israélienne (mais pas que). Au menu de cette riche journée rassemblant une trentaine de participants : tables rondes, lectures, débats, etc. Parmi les auteurs présents, citons Sonia Devillers (invitée d’honneur du Festival du livre de Colmar) qui a publié Le fabuleux piano (Robert Laffont). Retraçant, dans un roman-enquête, le destin d’un instrument de marque Érard, confisqué en 1943 à la famille Enoch, elle livre un voyage au cœur d’un pillage culturel bien moins connu que la spoliation des œuvres d’art. Un livre passionnant de bout en bout qui se lit d’une traite ! On croisera aussi Bernard-Henri Lévy pour ses Mémoires provisoires (Olivier Nora Éditions), stimulant pavé montrant que BHL est un vrai écrivain – et par ricochet qu’il est absurde de le réduire à sa caricature –, qu’il résume d’une phrase : « J’ai toujours estimé que le cœur battant d’une vie est dans les humains qu’elle a eu la chance, le bonheur ou l’honneur de croiser. » En l’occurrence Alain Delon, Albert Cohen, JLG, Gilles Deleuze, Jean Seberg, Norman Mailer… Liste très largement non exhaustive.
Autre figure marquante présente, Delphine Horvilleur évoque ses Sermons sous les décombres (Olivier Nora Éditions) – superbe méditation sur les conséquences du 7 Octobre, la violence et le dialogue –, tandis que Nathan Devers nous invite à Aimer Jérusalem (Gallimard). Mais point de panégyrique béat, plutôt une réflexion sur une ville (trois fois) sainte puisqu’il la décrit avec une ironie mordante : « Sous prétexte que le Créateur du monde y aurait élu résidence, il faudrait se cramponner au tas de ruines de ce Disneyland mystique, paumé entre une mer trop salée et des montagnes glauques. » Tout aussi intéressants sont le Dictionnaire amoureux des Juifs de France (Plon) de Denis Olivennes – qui va souvent à rebours des idées reçues – et la conversation à trois entre Éric-Emmanuel Schmitt, Pierre Assouline et Abdennour Bidar, qui publient Un juif, un chrétien, un musulman : fraternels ou fratricides ? (Albin Michel). Impossible de citer tout le monde, mais impossible aussi d’oublier Erri De Luca, romancier athée, dont le dialogue avec le judaïsme a toujours été un ferment de l’œuvre.
À la Maison de la Région Grand Est (Strasbourg) dimanche 22 novembre
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