La SaarART invite au Rendez-vous des amis

Kollektiv Bremm, Schlafende Zöllner, 2007

Avec 62 artistes dans 11 institutions, le cru 2023 de la SaarART se donne un Rendez-vous des amis avec la nature comme fil rouge.

De Sarrebruck à Saint-Wendel, de Neunkirchen à Merzig (sans oublier une incursion berlinoise), le grand rendez-vous d’art contemporain qu’est SaarART rayonne dans une dizaine de lieux du Land allemand. Sous l’impulsion d’Andrea Jahn, directrice artistique du Saarländischer Kulturbesitz (fondation du patrimoine culturel sarrois) et de la Moderne Galerie du Saarlandmuseum, des artistes de la grande région transfrontalière (Luxembourg, Lorraine) ont été pour la première fois sélectionnés au même titre que les locaux, pour prendre le pouls de la création actuelle. Dans chaque institution les quatre thématiques retenues (identité, isolement, éphémère et conception de la beauté) se retrouvent plus ou moins intensément dans les œuvres exposées. À la Stadtgalerie Saarbrücken, Arthur Débert expose ainsi un ensemble de sculptures conçues pour être transmises de main en main, fabriquées aussi bien en impression 3D qu’en coulée traditionnelle. Ses reproductions d’objets existant ailleurs sont littéralement à Transporter par les visiteurs, nourrissant une histoire en perpétuel mouvement. Au Kulturzentrum am EuroBahnhof (KuBa), Cordula Sumalvico dévoile ses puissantes toiles figuratives grand format, peuplées de femmes d’aujourd’hui. Becks Theory, inspirée de la thérapie cognitivo-comportementale d’Aaron Beck qui a renouvelé dans les années 1970 le traitement de la dépression, montre des êtres intérieurement tourmentés, au milieu d’une rivière de sang.

SaarART : Elodie Grethen, Odalisque, 2022
SaarART : Elodie Grethen, Odalisque, 2022

De maux et de mots, il est aussi question chez Stefania Becheanu (Ludwig Galerie Saarlouis), qui travaille sur la confrontation de l’oralité à l’écrit, symbole des difficultés d’appropriation de la langue pour les immigrés. Tout son texte prend la forme d’une logorrhée de type « Dekoituparl? ». À Merzig (Museum Schloss Fellenberg), Stefan Zöllner produit un cabinet de curiosité aux accointances surréalistes, agrégat d’objets trouvés, totalement étranges et fascinants. Le projet le plus détonnant est à mettre au crédit du Kollektiv Bremm qui intervient sur la Bremm, zone tampon entre Allemagne et France devenue un no man’s land périclitant avec ancien poste de douane déserté et camp de la gestapo. Finissons ce florilège par la Moderne Galerie : Paulette Penje y a créé un triptyque vidéo, tourné sur le toit du Saarlandmuseum, dans lequel elle danse en bombant son corps et le sol de couleurs dans un engagement éphémère qui, à la première pluie (ou douche), disparaitra. Une autre de ses performances a vu le jour dans les méandres d’acier de la Weltkulturerbe Völklinger Hütte. Élodie Grethen s’inspire pour sa part d’Ingres dans Odalisque, photo d’une personne non-binaire à la colonne vertébrale allongée, comme dans la toile d’origine. Les vagues du rideau accueillant sa projection accentuent le sentiment d’étrangeté qui s’en dégage. In situ, Bettina van Haaren & Wolfgang Folmer ont dessiné sur un immense mur un monde fantastique débordant de violence, au milieu de représentations d’anges et de colonnes romaines. Enfin, comment ne pas fondre devant l’humour acerbe de Shakti Paqué, lovée dans une robe faite de papier bulle qu’elle explose une à une entre ses doigts, dans une vidéo de 27 minutes. Miroir tendu à notre époque, elle égrène successivement : « Il m’a liké. Il ne m’a pas liké. »

SaarART : Paulette Penje

Saar Art jusqu’au 17 septembre au Museum Schloss Fellenberg (Merzig), Städtische Galerie (Neunkirchen), Ludwig Galerie & Institut für aktuelle Kunst (Saarlouis), Moderne Galerie des Saarlandmuseums, Stadtgalerie Saarbrücken, Saarländisches Künstlerhaus & KuBa (Saarbrücken), Museum St. Wendel, Weltkulturerbe Völklinger Hütte (Völklingen) & Europäisches Kulturforum Berlin
saarart.eu

Instagram : @saarart_2023

vous pourriez aussi aimer