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Focus sur la 14e édition de Scènes d’automne en Alsace

C'est la fête © Mélanie Wenger / Inland stories

Tour d’horizon de la création régionale avec la 14e édition de Scènes d’automne en Alsace, marquée par les rapports familiaux et intergénérationnels.

L’an dernier, l’œuvre de Laure Werckmann était au cœur du festival. Cette fois, les organisateurs de Scènes d’automne en Alsace soutiennent à nouveau collectivement une création : C’est la fête (08 & 09/10, La Filature, Mulhouse, 13/10, La Coupole, Saint-Louis, 15 & 16/10, Comédie de Colmar) de Thibaut Wenger. En collaboration avec Magali Mougel – qui a écrit le texte, inspiré de ses entretiens avec des parents et leurs enfants, mais aussi avec sociologues, figures religieuses ou leaders syndicaux autour du sentiment de redevabilité au sein d’une cellule familiale –, le metteur en scène reconfigure Le Roi Lear de Shakespeare pour le faire résonner avec notre époque. L’action ne se déroule plus outre-Manche, mais dans un village des Vosges. Et s’il n’y a plus de monarque à proprement parler, la figure masculine devient un chef de famille incestueux, toujours père de trois filles et décidant de réunir ses proches pour leur annoncer une nouvelle singulière. « C’est une thérapie théâtrale où l’on traite des éléments traumatiques de l’enfance », présente Thibaut Wenger. « Le père est boucher », continue-t-il. Parmi ses trois filles, la cadette a un garçon « conçu le soir de la mort de la matriarche. Aujourd’hui, le père vit avec l’infirmière de sa femme morte… C’est la fête ! », sourit-il. L’autrice et le fondateur de la compagnie Premiers actes s’intéressent à un foyer complètement dysfonctionnel, à travers trois générations. La branche la plus récente, représentée par le jeune fils, devenu adolescent, incarne pour sa part cette volonté de briser un cycle délétère et de s’échapper d’un environnement brisé.

Une fille, un frère
La famille est également le thème principal de deux autres pièces. Dans Terre-Ville (10/10, Espace 110, Illzach), Maud Galet Lalande conte le quotidien d’une mère célibataire et de sa fille, de son plus jeune âge au moment où elle prend son envol. Divisée en deux parties, sa dernière création dépasse le cadre de la fiction puisqu’elle fait écho à son propre parcours de vie, celui d’une mère célibataire, élevée par une mère célibataire… mais aussi petite-fille d’une mère célibataire. Un autre hommage à la vie réelle ? Lou Dussaut, une des comédiennes, n’est autre que la fille de la metteuse en scène.


Quand Terre-Ville combat les clichés, la création Antigonick (12 & 13/10, La Filature) de Laëtitia Pitz confronte le passé au présent, remaniant le texte éponyme de la poétesse Anne Carson, basé sur la tragédie de Sophocle. Dans l’œuvre antique, Antigone s’oppose à son oncle, Créon, afin d’enterrer son frère. Le livre contemporain de la Canadienne reprend cet angle, tout en supprimant l’intervention des dieux et en ajoutant citations et adresses directes à l’héroïne. Un terreau particulièrement fertile pour le théâtre qui permet à la metteuse en scène d’étudier les luttes de pouvoir au sein d’une famille dans un environnement contemporain. Trois interprètes se partagent le rôle d’Antigone, enveloppées par les différentes compositions de Christian Wallumrød, allant de la musique ancienne aux inspirations jazz, en passant par l’electro.

Des femmes
Juliette Steiner – figure de proue de la neuvième édition de Scènes d’automne en Alsace, en 2021 – signe quant à elle Aux suivantes (13 & 14/10, La Filature). Créée au début de l’année au TJP (Strasbourg), cette fresque historique fait dialoguer trois artistes contemporaines avec des personnalités d’un autre temps. Louise Bourgeois, Artemisia Gentileschi, Claude Cahun et sa compagne Suzanne Malherbe… Comment ces femmes d’une époque lointaine, parfois méconnues, ont-elles vécu de leur art face au patriarcat ou au pouvoir des médias ? Quel est leur parcours ? La metteuse en scène et plasticienne, ex-étudiante de la Hear, s’attaque à ces questions et aux doutes de leurs homologues actuelles. Une série de saynètes à l’esthétique léchée mariant somptueusement arts plastiques et scéniques, typique des travaux de Juliette Steiner – on se souvient d’Une Exposition, fiction relatant d’une artiste invisibilisée vivant dans l’ombre de son illustre mari sculpteur, et de cette impression de voir un tableau prendre littéralement vie sur les planches –, déploient ainsi les sujets féministes, modernes et engagés profondément liés à son œuvre.


À La Filature (Mulhouse), à l’Espace 110 (Illzach), à La Coupole (Saint-Louis), à la Comédie de Colmar et au Créa (Kingersheim) du 8 au 16 octobre
lafilature.org – espace110.org – lacoupole.fr – comedie-colmar.com – crea-kingersheim.com

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