Intimes, poignants, parfois drôles mais toujours profondément ancrés dans notre époque : les récits du Festival Primeurs bousculent les sensibilités pour cette 20e édition.
Après le deuxième épisode de Primeurs PUR !, format biennal présentant, en allemand, la mise en scène d’une pièce lauréate issue de l’édition précédente de Primeurs, le festival transfrontalier rapprochant Forbach et Sarrebruck revient dans sa dimension habituelle. Dédié au théâtre contemporain francophone, il présente ainsi six représentations dont la première, Un Sacre (25/11, Le Carreau, en français surtitré en allemand), est programmée par le nouveau directeur de l’institution, Nicolas Le Potier. Sur un texte de Guillaume Poix écrit avec Lorraine de Sagazan, cette dernière signe la mise en scène d’une performance pour neuf comédiens. Prenant place dans un immense décor de théâtre abandonné, les interprètes imaginent une cérémonie libératrice parlant de vivants et de morts, inspirée par l’isolement sanitaire forcé qui a mis le monde à l’arrêt, en 2020.
Autre proposition touchante et immensément poétique : L’Ombre des choses à venir (27/11, Saarländisches Staatstheater, en français surtitré en allemand) de Kossi Efoui. Auteur togolais exilé en France depuis 1992, l’homme livre, dans ce quatrième roman, une littérature empreinte de guerre, de résistance et qui ne lésine pas sur les traumas de son narrateur. Jeune homme de 21 ans ayant connu la clandestinité, le personnage retraverse son passé, marqué par la déportation de son père, musicien, sous le régime de l’ancienne dictature. Revenu du camp avec l’étui vide de son instrument, le patriarche se mure dans le silence, tandis que sa femme est peu à peu gagnée par la folie. Du héros, on ne connait ni le nom, ni le pays d’origine ; une absence d’identité qui donne à l’histoire une semblance ô combien moderne et réaliste. La violence de l’existence est également au cœur de Ix : Variations (28/11, Saarländisches Staatstheater, en allemand surtitré en français), œuvre dans laquelle Marcos Caramés-Blanco explore l’impitoyable enfance, adolescence et vie adulte d’Ix, villageois natif du Sud-Ouest de la France n’entrant pas dans les normes… car non-binaire. Un seul en scène qui décortique la construction d’un garçon soumis au regard de sa famille et du monde qui l’entoure, comme une plongée dans la réalité dont s’empare aussi L’Affaire Magnolia (26/11, Saarländischer Rundfunk, en allemand surtitré en français). Écrite par la Québécoise Maud de Palma-Duquet, cette comédie satirique s’intéresse à un groupe d’ados qui, après avoir déraciné un arbre sous l’emprise de champignons magiques, est catapulté à la tête d’une organisation militante luttant contre les fractures sociales entre bas et beaux quartiers.
Au Carreau (Forbach), au Saarländisches Staatstheater et au Saarländischer Rundfunk (Sarrebruck) du 25 au 28 novembre
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