Un Sacre, Lorraine de Sagazan avec ceux qui restent

Un Sacre de Lorraine de Sagazan - © Christophe Raynaud de Lage

Dernière création de Lorraine de Sagazan, Un Sacre s’attache à réparer les vivants en réinventant une longue cérémonie de deuil collectif. 

Trois cent soixante-cinq. C’est le nombre – fou – de personnes auxquelles la metteuse en scène et l’auteur Guillaume Poix ont parlé pour rompre l’isolement de la crise sanitaire. Des inconnus sondés sur la résonance du mot “réparation” dans leur vie. En ressortent des choses habituellement tues, des secrets autour de l’exil, de l’enfermement ou de l’impossibilité d’enterrer ses proches. Toutes ont évoqué un disparu. Si bien que le duo a composé Un Sacre à partir de cette matière. Il place les comédiens dans un rôle réinventé de pleureuses antiques, porteuses de chagrin qui ne sont pas les leurs.

Aux origines de la fonction du théâtre

En jouant la peine, en faisant couler de fausses larmes, ces professionnelles de la lamentation engagent les autres à les suivre, extériorisent les sentiments, provoquent le réel et le transforment. Lui permettent peut-être aussi d’advenir, de s’accomplir. Quoi de plus proche que le théâtre, partageant cette même fonction libératrice ? La réactivation de son rôle se niche aussi dans un manque de lieu « où les athées, les sceptiques, les agnostiques, ceux qui doutent. Ceux qui ne savent pas, ceux qui voudraient croire mais n’y parviennent pas, pourraient évoquer la mort sans tabou, sans peur ni préjugé », confient-ils.« Un lieu où il serait possible de penser l’absence autrement et de dépasser le clivage qui oppose mysticisme et rationalité. »

Cérémonie & Rituel

Le rituel performatif composant Un Sacre redonne à contempler l’affectivité liée à la perte d’un être cher. À retisser un lien avec nos émotions. Chacun des neuf comédiens prend ainsi en charge un chagrin qui ne lui appartient pas. La cérémonie qui en découle forge une histoire commune constellée de paroles sorties de l’oubli. S’y mêlent volontés suicidaires, culpabilité, impuissance et sentiment d’abandon. De la douleur, encore et toujours. Ces voix successives jaillissent sous la forme de monologues dans un décor vivant et mouvant. Un intérieur décati avec puits de lumière et végétation reprenant ses droits sur cette ruine gorgée de fantômes. Aux maux individuels répondent de mystérieux gestes cérémoniels repris en groupe. Les traumas s’adressent à soi comme aux autres. Le théâtre devient cet endroit où il est possible, si ce n’est de faire œuvre réparatrice, à tout le moins d’être consolatrice pour les vivants.


Au Théâtre Dijon-Bourgogne du 8 au 11 décembre et à La Comédie de Reims du 3 au 7 mai 2022
altermachine.fr

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