Brothers in art

Karl Hofer, Frauenportrait, 1944; Wandmalerei Carl Ostendarp © VG Bild-Kunst, Bonn 2020

Franz, Frieder et Hubert : les Frères Burda ont rassemblé de somptueux corpus autour de l’expressionnisme allemand. Découverte.

Chez les Burda, la collection est une histoire de famille. Fondateurs d’un empire des médias, Aenne et Franz sont des figures de proue du miracle économique allemand après 1945. Très vite, le couple commence à acheter des œuvres expressionnistes signées Kirchner, Beckmann ou Schmidt-Rottluff. « La couleur possède un rôle essentiel dans leur passion. Après la Seconde Guerre mondiale, cela sonne comme une évidence. Ce n’est pas pour rien que le plus célèbre journal du groupe se nomme Bunte1 », rappelle Henning Schaper, directeur du Museum Frieder Burda. Tout jeunes, leurs trois enfants évoluent dans un bain artistique : un amour qui ne les quittera jamais puisqu’ils suivront la voie tracée par leur parents. Cette exposition revient à la matrice des collections respectives des frères : l’expressionnisme allemand. Seule entorse, trois portraits de groupe de Franz, Frieder et Hubert peints par Andy Warhol en 1982 (qui diffèrent uniquement par les teintes) sous le titre The Three Gentlemen, sont ici exceptionnellement réunis.

Ernst Ludwig Kirchner, Straße mit Passanten bei Nachtbeleuchtung, 1926/27, Öl auf Leinwand, 90,3 x 70,4 cm

Sur les cimaises s’alignent les pièces iconiques comme Academie II (1944) de Beckmann montrant une séance de pose où le modèle est un colosse trapu, aux antipodes des éphèbes hyperboréens d’un Arno Breker alors en cour, ou Nu bleu allongé au chapeau de paille (1909) de Kirchner aux teintes irradiantes et si peu naturelles. Au fil des salles, le visiteur se laisse séduire par les orientaux Conteurs d’histoire (1912) de Macke, engloutir dans le paysage helvète au chromatisme lunaire de Schmidt-Rottluff (Vallemaggia, 1927 ) ou absorber dans les vertes collines dégageant une angoisse sourde d’une composition de Münter, Après l’orage (1937). Emportés dans un tourbillon de couleurs souvent vives, nous sommes grisés par une légère ivresse avec des toiles aussi extatiques que Rue et passants dans un éclairage nocturne (1926/1927) de Kirchner, fragment de la symphonie urbaine de la République de Weimar oscillant entre féérie et désespérance. Outre la proposition artistique, la réussite de cette présentation réside également dans sa scénographie2 réalisée par Carl Ostendarp. Le peintre américain s’est emparé du white cube pour mettre les tableaux en scène, les plaçant dans un cosmos chromatique abstrait et minimaliste : le mur est peint de deux couleurs dont la ligne de séparation évoque une coulure, l’installation entrant élégamment en résonance avec les œuvres accrochées.

Franz, Hubert und Frieder Burda 1982 im Garten der Schackstraße in München © Hubert Burda Media Archiv, München

Au Museum Frieder Burda (Baden-Baden), jusqu’au 4 octobre

museum-frieder-burda.de

1 Adjectif signifiant “coloré” en français. C’est le nom que prend en 1954 Das Ufer (La Rive), titre phare du groupe – bunte.de

2 Une salle est plus spécifiquement dédiée aux enfants avec un accrochage à hauteur de leur regard

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