Souvent monumentales, les peintures de Simon Hantaï envoûtent le regard avec leurs pigments qui semblent vivants dans Déplier la couleur.
S’extrayant rapidement du carcan surréaliste, Simon Hantaï (1922-2008) – Hongrois arrivé à Paris en 1948 – crée, au cours de la décennie 1950, des abstractions informelles évoquant, tantôt de fascinantes calligraphies, tantôt la transe lyrique « de Jackson Pollock, dont la découverte est une révélation pour lui », résume le commissaire de l’exposition, Daniel Zamani. Cette période est condensée en une poignée de toiles – dont Peinture (1957), où les gestes sont figés dans les pigments qui prennent toutes les nuances du marron. L’essentiel du parcours se concentre sur le pliage – dont sont présentées six séries majeures –, une méthode adoptée en 1960 dont les protocoles évoluent au fil des années : pliages très fins, froissages frustes, rudes nouages, etc. L’artiste la définit ainsi : « La toile est froissée de manière régulière et seules les zones pliées restées en surface sont peintes. » Au dépliage se dévoile un motif né du hasard, où voisinent zones colorées et espaces blancs générant des compositions hypnotiques.
Premiers pliages, les Mariales (1960-62) renvoient au manteau de la Vierge de la Renaissance italienne (dont elles reprennent les couleurs, bleu et doré en tête), donnant le sentiment que l’artiste en a agrandi démesurément un fragment. All-over vibratiles et mystiques, elles illustrent le crédo du plasticien : « Quand je plie, je suis objectif et cela me permet de me perdre. » Le regard erre, fasciné, et « le white cube est métamorphosé en une chapelle des couleurs », souligne Daniel Zamani, qui a conçu l’ensemble en faisant entrer les œuvres en résonance avec l’architecture lumineuse du Museum Frieder Burda. Suivent les Catamurons (1963-65), rectangles colorés flottant dans l’espace blanc, et les Panses (1964-67) – « Pliage multiple d’une même forme ovoïdale, recouverte de couleurs jusqu’à masquage de tous les vides des pliages successifs », affirmait Simon Hantaï – où les jeux, entre espaces peints et vides, sont d’essence similaire. La trajectoire se poursuit avec les Meuns (1966-68) rappelant les papiers découpés d’Henri Matisse, les Études (1968-71) – qui ont la semblance d’étranges entrelacs végétaux – et les Blancs (à partir de 1973), acryliques lyriques. En conclusion, les Tabulas (1972-80) opèrent une rupture stylistique complète : la fluidité organique des compostions aléatoires passées cède la place à des quadrillages réguliers. Loin d’être oppressantes, ces immenses – l’une fait 2,93 x 5,82 mètres – grilles mono- ou polychromes happent le regard du spectateur, l’invitant à plonger dans la toile en le libérant…
réguliers. Loin d’être oppressantes, ces immenses – l’une fait 2,93 x 5,82 mètres – grilles mono- ou polychromes happent le regard du spectateur, l’invitant à plonger dans la toile en le libérant…
Au Museum Frieder Burda (Baden-Baden) jusqu’au 10 janvier 2027
museum-frieder-burda.de


