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Le Kunstmuseum Karlsruhe accueille cinq siècles d’art avec Expressif !

Ulla von Brandenburg, Skelett III, 2004, Kunstmuseum Karlsruhe © VG Bild-Kunst, Bonn 2026

Avec Expressif !, le visiteur découvre cinq siècles d’émotions humaines, à travers un ensemble de 250 aquarelles, gravures et autres dessins signés Dürer, Rembrandt, Kollwitz…

Rassemblant plus de 1 800 œuvres, le remarquable fonds – centré sur les maîtres allemands et néerlandais, entre le XVet le XIXsiècle – réuni par le juriste Ferdinand Siegel (1783-1877), cédé par ses héritiers à la Ville de Karlsruhe en 1896, constitue le fondement, régulièrement enrichi depuis, de ses collections. Elles sont le substrat de cette exposition thématique qui s’intéresse à la vaste palette du langage visuel des émotions : explorant l’amour, l’horreur, etc., elle inclut aussi un espace participatif, où chacun peut se colleter avec le papier de manière ludique, composant des figures en origami. On demeure ainsi fascinés par un Autoportrait au front plissé (1630) de Rembrandt, où il apparait, à la fois hirsute et préoccupé, plein de détermination et d’une grande sévérité. L’œuvre fait partie d’une série d’études d’expressions faciales de petit format gravées par un jeune homme de 24 ans qui s’en servait de modèles pour les personnages de ses tableaux historiques. 

Le front froncé focalise tous les regards, comme si se manifestaient, avec une grande puissance, dans quelques centimètres carrés, toutes les inquiétudes intérieures agitant notre homme. Appartenant au genre de la « tronie » – il s’agit de montrer un visage dont l’expression est marquée, voire exagérée –, cette œuvre voisine avec d’autres, comme trois Études de têtes (1763) de Christian Wilhelm Ernst Dietrich qui s’inspire du maître hollandais, livrant des compositions d’une grande force. Plus tard, des artistes comme Marlene Dumas ou Arnulf Rainer quittent les rivages des canons de la rigidité anatomique avec des compositions jouant avec le « moi ». Avec Van Gogh (1978), le dernier nommé se mesure à son prédécesseur dans un jeu de recouvrements et de ratures d’où n’émerge qu’un masque en forme d’oxymore – impavide et souffrant, apaisé et angoissé, etc. – comme s’il tentait d’exprimer sa part d’ombre. Au fil du parcours se déploient des chefs-d’œuvre comme La Vierge à l’Enfant sur un banc de gazon (1503) de Dürer – incroyable de finesse – ou La Pendaison (1633) de Callot, eau-forte issue du cycle Les grandes misères de la Guerre montrant de manière crue et directe la violence et la douleur. Les affects se répondent au fil des salles et l’on demeure longtemps saisis par des pièces comme un Autoportrait, en colère (1922) de Karl Hubbuch, éminent représentant de la Nouvelle Objectivité : rarement un sentiment a été rendu avec une telle puissance, entre expression intime et métaphore du corps social d’une République de Weimar traversée de multiples lignes de fracture.


Au Kunstmuseum Karlsruhe jusqu’au 4 octobre
kunstmuseum-karlsruhe.de

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