Réunissant 28 artistes contemporains, MIND THE GAP est une polyphonie où sculptures, peintures et autres photographies dialoguent, créant harmonies et… dissonances.
Le point de départ de cette exposition est le Parc des sculptures de la cité allemande, projet tripartite réunissant la Städtische Galerie, le Kesselhaus – auprès duquel il a pris ses quartiers – et la Galerie Ruttkowski;68, qui a commissionné l’ensemble. Y sont installées les œuvres monumentales de huit artistes : Blowing the horn (calling for friends) (2024) de Joakim Ojanen – créature onirique de bronze sortie d’un improbable dessin animé incarnant, avec bonhommie, toute la mélancolie de la solitude contemporaine – s’entretient, par exemple, avec un immense Renard (2024) signé Stefan Strumbel qui semble saisi d’un irrépressible spleen. Heureusement que le mur de Stefan Marx, long de près de huit mètres, instille une dose d’optimisme dans l’affaire, avec son slogan écrit avec la graphie reconnaissable au premier regard imaginée par le plasticien allemand : « A Dream and a dream comes true. » On aime aussi l’absurdité d’un cliché de Lars Eidinger – plus connu comme acteur, au théâtre où il est un des comédiens fétiches de Thomas Ostermeier, et au cinéma – s’enroulant autour d’une Colonne Morris.


Dans MIND THE GAP, organisée par Nils Müller – fondateur d’une galerie dont les activités se déploient à Cologne, Düsseldorf, Bochum, New York et Paris, tout autant que dans les plus grandes foires de la planète –, certains parmi ces huit-là ont investi les murs de la Städtische Galerie pour un parcours où les générations, les médias et les esthétiques se frottent avec bonheur, reliant les expériences du passé aux questions du présent. On retrouve ainsi Lars Eidinger, avec un cliché d’une grande densité d’où sourd une immense tristesse romantique (Salzburg, 2021). À ses côtés, François Halard converse avec Monet dans des Polaroïds agrandis qu’il a peints (Giverny, 2025) manifestant le lien entre l’icône impressionniste et l’art japonais d’Hokusai et Hiroshige, tandis que Prosper Legault séduit avec Composition florale (2021). Dans cette sculpture, il remixe des rebuts récupérés dans la rue pour générer des œuvres au fort potentiel poétique, créant une sorte de dadaïsme du XXIe siècle. Enfin, impossible de ne pas mentionner Markus Lüpertz, un des derniers monstres sacrés, avec Diane, déesse de la chasse (2019), bronze dont on ne sait s’il représente une déesse mère ou une divinité sauvage, mais dont la puissance se fait immédiatement ressentir. On se souvient alors de ce qu’il nous avait confiés, il y a quelques années : « Aujourd’hui, prévaut une définition de l’art élargie : il est donc possible de planifier de devenir plasticien, mais le vrai artiste vient de Dieu. Il possède en lui un dysfonctionnement, une maladie, une vocation – peu importe le mot que vous choisissez – comme le Dalaï-Lama. »
À la Städtische Galerie (Offenbourg) jusqu’au 18 octobre
galerie-offenburg.de – ruttkowski68.com



