Pas de spationautes

Imprimer cet article

© Frank Szafinski

Duo à la vie comme à la scène, Honji Wang et Sébastien Ramirez soufflent un vent de fraicheur sur la danse hip-hop. Dans Borderline, ils fusionnent les influences, direction l’apesanteur.

Installés à Berlin, les chorégraphes Wang et Ramirez n’en finissent plus de faire tourner les têtes. Née en Allemagne de parents coréens, Honji a séduit l’inspiré Akram Khan et l’avant-gardiste flamenca Rocío Molina avant de taper dans l’œil des frères Wachowski avec ses mouvements à la frontière d’un hip-hop libéré de ses carcans de figures qu’elle mâtine d’arts martiaux et de classique enlevé. Sébastien a signé la chorégraphie de la dernière grande tournée de Madonna. Pas mal pour un b-boy de Perpignan aux origines espagnoles, ancien champion de France 2007 aux Battle Red Bull qui garde la tête froide et ne se détourne pas de ce qui l’anime. Lorsqu’ils créent ensemble Borderline en 2013, le goût du risque est omniprésent. L’envie de se jouer des entraves aussi. Suspendus à des attaches, les six interprètes – dont font partie les deux chorégraphes – défient la pesanteur, tentent de s’extirper de leur condition, grattent le sol de leur quatre membres telles des bêtes en cage. Les filins qui empêchent une liberté totale de mouvement et d’émancipation nourrissent aussi une contrainte créatrice, employée avec splendeur autour des petites misères de l’Homme qui se débat autant contre les éléments que contre lui-même.

© Frank Szafinski

Le gréage et ses attaches, permettant folles envolées et bascules au ras du sol, deviennent un support narratif pour les corps. Une poétique du flottement, entre mystique et magie, permettant des disparitions incroyables, des effets de ralentis et d’accélérations comme de suspension du temps, des êtres et de l’espace. Les danseurs déploient une gestuelle infime, toute en détails et isolations de membres, témoignant autant d’un foisonnement intérieur que d’un désir d’affranchissement : animalité des pulsions, angoisses et désirs tapis dans l’ombre de chacun. Autant d’échos universels dans une fluidité inventive et rare où se dessinent de nouveaux schémas d’appréhension de soi et du monde. Le tout s’appuyant sur des racines historiques communes (mythologie grecque et coréenne) et les trajectoires familiales d’un duo dont nous n’avons sûrement pas fini d’entendre parler.

 

Au Manège (Reims), vendredi 9 et samedi 10 juin

manegedereims.com

> Le duo de chorégraphe présente aussi Felahikum avec Rocío Molina à COLOURS, Festival international de Danse de Stuttgart, mardi 11 et mercredi 12 juillet

coloursdancefestival.com

wangramirez.com 

Thomas Flagel
Thomas Flagel
Journaliste
Lire tous ses articlesLui écrire

Imprimer cet article