Buter la nuit

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En une poignée d’années, Fauve≠ a su fédérer une horde de fans avec ses textes désabusés et sa musique spleenesque… et s’est attiré quelques ennemis. Entretien avec le “Corp” avant ses Nuits Fauves dans l’Est.

Qui sont les “vieux frères” auxquels vous vous adressez dans vos chansons : confidents, amis, public ?

C’est le nom qu’on s’est donnés au sein du projet. Nos liens sont presque fraternels : certains d’entre nous se connaissent depuis la naissance. Nous sommes tous potes et Fauve≠ nous a encore plus rapproché.

De qui êtes vous les héritiers : du hip-hop français, de Diabologum, du post-rock américain ?

Difficile à dire, on ne sait pas vraiment. La musique est là et chacun en fait un peu ce qu’il veut. Gamins, nous écoutions IAM, Eminem, Oasis et The Offspring. Nous avons toujours aimé le rock et le rap et on retrouve un peu de tout ça dans ce qu’on fait. La démarche en mode crew et DIY inhérente au rap nous inspire beaucoup. Nous étions un peu jeunes pour écouter Diabologum qui était réservé à des connaisseurs cultivés… mais on se l’est pris en pleine face, après avoir démarré Fauve≠, par des gens qui faisaient la comparaison. C’est vrai que c’est putain de fort ! Quant au post-rock, il y en a bien un ou deux dans le Corp qui écoutent de temps en temps Slint ou Tortoise, mais ça s’arrête là.

Vos paroles éclipsent-elles votre musique ?

Nous ne nous soucions pas vraiment de comment les gens prennent le truc. Fauve≠, c’est un projet que nous menons pour nous, pour aller mieux, pour avancer. Les paroles sont importantes parce que chaque mot renferme le ressenti exact que nous voulons rendre et expulser. La musique est cruciale, elle nous a toujours accompagnés, toute notre vie. Sans elle, Fauve≠ ne marcherait pas. Lorsque nous avons mis en ligne le titre Azulejos, qui est a cappella – un peu comme une exception au sein de l’album –, une majorité de gens nous a dit : « C’est bien les gars, mais heu, elle où la musique, là ? » Ce qui prouve que notre public est sur la même longueur d’ondes que nous et accorde une aussi grande importance à la musique qu’aux textes.

Vous envisagez votre tournée comme une grande kermesse alors que l’univers de Fauve est davantage sombre que festif… Contradictoire ?

Il y a un côté assez dur, mais nos chansons sont très optimistes quand on prend un peu de recul. Il y a énormément d’espoir. Fauve≠, c’est un combat contre la résignation, une lutte, de la résistance. On n’a pas forcément toujours la solution mais on se bat parce qu’on sait qu’il y a un bout du tunnel si on avance. Nuits Fauves, c’est fait pour casser les barrières entre le public et les gens sur scène. Ça peut sonner super démago dit comme ça, mais si tu te pointes à une Nuit Fauve, tu verras que c’est le cas, c’est humain. Une ambiance à la cool avec un punching ball de fête foraine ou un babyfoot : on est ensemble au chaud, on s’amuse, on bute la nuit, on oublie nos soucis…

Vous êtes sujet à des railleries en pagaille et certains ironisent sur votre « clairvoyance extraordinaire sur le genre humain »*… C’est le revers de la médaille du succès ?

Franchement, au départ on était un peu étonnés et on se demandait vraiment ce qu’on avait bien pu faire pour que les gens nous fracassent autant. Et de la même manière comment certaines personnes pouvaient nous encenser de façon aussi aveugle. Nous avions la même perplexité face aux « vous êtes des génies, des dieux, sans vous la vie n’a plus de sens » qu’aux « vous êtes des connards, vous faites de la merde ». Nous n’étions pas prêts à ça. Après, en dehors d’Internet, dans la vraie vie, la plupart des gens ne connaissent pas Fauve≠ ou s’en foutent grave. Et puis, il y a des parodies qui sont hyper drôles et des petites vannes qu’on avait même trouvées nous-mêmes avant qu’on nous les fasse.

Quand pensez-vous arrêter de « tremper votre torche dans la paraffine » ?

Fin septembre, après la tournée, on éteint les torches, on range la paraffine… On ne sait pas pour combien de temps. Peut-être qu’on continuera Fauve≠ sans faire de musique ou qu’on fera de la musique sous un autre nom… Mais t’inquiète pas pour les torches et tout le matos, on en aura toujours besoin.

À Amnéville, au Galaxie, vendredi 22 mai

www.le-galaxie.fr

À Strasbourg, au Zénith Europe, samedi 23 mai

www.zenith-strasbourg.fr

Album Vieux frères – partie 2

www.fauvecorp.com

* Je vais pas me taire parce que t’as mal aux yeux, autopsie de la chanson française, de Sarah Dahan, édité par J’ai lu – www.jailu.com

 

 

 

Emmanuel Dosda
Emmanuel Dosda
journaliste
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