Stiffelio ou l’Amish prodigieux

Stiffelio de Verdi © Klara Beck

Longtemps oublié, Stiffelio renaît à la scène. Voilà l’occasion de découvrir, à Dijon, une très grande partition de Verdi en forme de conflit intérieur entre le Bien et le Mal, qui fit scandale à son époque.

Il est difficile de comprendre que Stiffelio soit si peu joué aujourd’hui, tant la partition – contemporaine de Rigoletto – est séduisante, ses enjeux esthétiques et moraux annonçant La Traviata. Le héros imaginé par Verdi ? Un pasteur évangélique rigoriste et charismatique, épris d’absolu – fondateur de la secte imaginaire des Ashavériens – fait penser, par certains traits, à Brand d’Ibsen. « C’est un homme qui vit un conflit intérieur très fort, un homme marié que sa femme a trompé, mais aussi un homme de Dieu. Il pourrait réagir à cette épreuve de façon caricaturale, or, au contraire, tout est soupesé. Il a en lui une forme de violence. Sa première façon de réagir est d’ailleurs souvent violente, mais lorsqu’il prend le temps de réfléchir et qu’il laisse passer cette pulsion, il devient quelqu’un de très posé, de très humain, respectueux vis-à-vis de sa femme », résume le metteur en scène Bruno Ravella. Rappelant la parabole de la femme adultère, cette histoire en forme d’éloge du pardon fit scandale à l’époque, subissant les foudres des censeurs de 1850. Du coup Guglielmo Wellingrode vit le jour, seconde version d’une oeuvre désormais dépourvue d’homme d’église cocu, promptement remplacé par un ministre d’une quelconque principauté allemande… Furieux, le compositeur préféra détruire la partition, en réutilisant certains de ses éléments significatifs dans Aroldo.

Stiffelio © Klara Beck
Stiffelio © Klara Beck

Coproduit avec l’Opéra national du Rhin, la mise en scène proposée à Dijon place au centre du propos un édifice où l’ascétisme le dispute à l’élégance, église de bois à l’architecture austère – de celles qui sont posées dans les grandes plaines des États-Unis d’Amérique – évoquant une communauté protestante ressemblant à celle des Amish, « une population très paternaliste guidée par la foi et proche de la nature », résume Bruno Ravella. Il a du reste semé de multiples références bibliques au fil de l’action, que ce soit à la Cène ou au Déluge, petits cailloux blancs guidant le spectateur de l’Ancien au Nouveau Testament. Et de résumer l’affaire, en toute simplicité : « J’aime les relations entre les personnages dans les opéras de Verdi. La musique dit leur psychologie, elle décrit magnifiquement, avant même la mise en mots, les affres, la douleur, la folie, la joie, la perplexité, la colère, l’abattement. C’est une musique fantastique. »

Stiffelio © Klara Beck
Stiffelio © Klara Beck

À l’Auditorium (Dijon) du 20 au 24 novembre
opera-dijon.fr

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