Les couleurs de La Chouette rose, stars du Museum der Kulturen Basel
À travers plus de 200 objets venus du monde entier, La Chouette est rose en fait voir de toutes les couleurs au visiteur… et explique pourquoi !
Bestiole improbable, la « chouette rose » qui donne son titre à l’exposition est posée sur un arbre à l’orée du parcours : il s’agit en fait d’un ocarina de céramique venu du Mexique peint d’une teinte éclatante, nommée « rosa mexicano » et symbolisant la joie de vivre dans le pays. Sur les autres branches volète une nuée d’autres hiboux, bien plus ternes en comparaison. Qu’ils soient en lave basaltique – comme une superbe sculpture aztèque –, en laiton, en argile, etc. ou, un peu plus loin, en plumes, pour un Strix aluco naturalisé, tous évoluent dans une large palette de bruns et de gris. Voilà le ton donné d’un parcours venant questionner en toute finesse comment les couleurs influencent notre perception du monde, consciemment ou non, mais aussi la manière dont chaque culture les interprète… de façon évolutive. Ainsi, la vychyvanka – broderie polychrome ornant des chemises de lin blanc – faisait-elle originellement figure de talisman en Ukraine : carrés, losanges, triangles mais aussi fleurs ou animaux étaient positionnés aux endroits où les mauvais esprits étaient susceptibles de pénétrer dans le corps, col et manches en tête. Elles habillaient notamment les défunts… Depuis l’invasion russe de 2020, ces vêtements sont devenus des symboles de résistance. De somptueux spécimens du XIXe siècle voisinent ici avec une pièce contemporaine de la marque de Kiev Etnodim, inspirée de motifs anciens remis au goût du jour.


Des histoires de ce type, l’exposition en regorge, comme celle des perles de verre apportées dans le « nouveau monde » par des marchands venus de Bohême ou Venise au XVIIIe siècle qui fascinèrent les peuples autochtones. Ils s’en servirent pour décorer des objets de cuir – mocassins, manchettes, gaines de couteau, etc. –, associant aussi au bleu des vertus de protection. Plus prosaïques sont des étiquettes aux notes extrêmement vives ornant les pots de colorants synthétiques vendus par les fleurons de l’industrie chimique suisse à une autre époque, comme Geigy, dont est présentée une image aux jaunes, bleus et autres verts éclatants montrant une usine idéale qu’on voyait alors comme l’incarnation du progrès. D’un chapitre sur le rouge carmin et le commerce colonial à un autre illustrant l’importance des plumes vertes des perroquets en Amazonie, en passant par la fonction des amulettes jaunes en forme de scorpion des Bedjas, habitant le désert à la frontière entre Égypte et Soudan, le public est immergé dans un univers haut en couleurs. Loin, très loin du gris de nos sociétés…
Au Museum der Kulturen (Bâle) jusqu’au 24 janvier 2027
mkb.ch
> Conçue en collaboration avec des enfants et des personnes ayant un handicap sensoriel, l’exposition peut être perçue avec plusieurs sens grâce à des stations participatives


