Le monde du silence

Le magicien Étienne Saglio nous convie à une plongée dans Les Limbes au cours d’un spectacle décrivant les errances d’un fantôme.

« Créer mène à des moments de grâce, mais aussi vers des gouffres, lorsque l’imaginaire s’emballe et t’embarque un peu trop loin », confie Étienne Saglio qui liait intimement art et folie dans son précédent spectacle, Le Soir des monstres où un personnage était dépassé par le pouvoir de son imagination. On ne s’étonnera guère qu’il ait baptisé sa compagnie Monstre(s) : ses propositions prennent souvent la forme de fables hantées par un étonnant bestiaire. Le nom lui est venu d’une gravure de Goya (issue des Caprices), Le Sommeil de la raison engendre des monstres, représentant un homme endormi au-dessus duquel volent d’inquiétantes chouettes et chauves-souris. « Comme magicien, je lutte contre la raison en laissant naître des créatures », tout un monde fantasmagorique de serpents, de méduses et autres figures mythologiques. Ses pièces, interventions dans l’espace public ou “installations magiques” viennent se nourrir de ses songes : « Mes rêves sont souvent liés à l’élément aquatique : une baleine qui nage dans une rivière, moi étant en train de respirer sous l’eau… »

Les Limbes baigne dans l’obscurité, une atmosphère à la fois angoissante et cotonneuse, bercé par le Stabat Mater de Vivaldi. Le magicien / jongleur / manipulateur évolue dans un univers contrasté où le réel se tord, se transforme, et l’on doute de ce qu’on voit et entend. Inspiré par l’écriture de Stefan Zweig – « qui ne garde que l’essentiel » –, il ne boude cependant pas les effets spectaculaires (dédoublement, lévitation…), même si chaque tour sert la narration. « Jamais à glorifier mon ego », insiste celui qui parle, à propos de son art, d’« émotion magique », belle et mystérieuse, « comme le printemps qui arrive d’un seul coup ». Les Limbes met en scène un personnage qui vient de mourir et erre, car « dans les contes, on ne passe pas instantanément du royaume de la vie à celui des morts ». Il s’agit d’un voyage initiatique ponctué par différentes épreuves. Sur le plateau, l’illusionniste encourage la confusion et le public s’égare, « ne sachant plus trop ce qui est vivant et ce qui ne l’est pas ». Durant sa traversée, l’homme croise des sortes d’êtres marins, une bâche qui devient animal ou spectre. Le milieu aquatique permet à Étienne Saglio de jouer sur la pesanteur des choses et de guider le spectateur « toujours plus profond » afin qu’il perde ses repères et toute notion de temps, « comme lorsqu’on fait de la plongée ».


Au Carreau (Forbach), jeudi 19 et vendredi 20 décembre
carreau-forbach.com

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