L’environnement au cœur de Combat des lianes de Zora Snake, au Theater Freiburg
Avec sa dernière création Combat des lianes, Zora Snake met en lumière la lutte des peuples d’Afrique centrale face à la déforestation.
Figure du hip-hop et de la scène artistique camerounaise, le danseur et chorégraphe Zora Snake prend part à une performance dénonçant les ravages de l’exploitation capitaliste sur des terres autochtones. Habitué des sujets militants traitant des rapports de domination – en 2021, L’Opéra du villageois revenait par exemple sur le pillage d’œuvres d’art par les colons, quand Shadow Survivors (2022) interrogeait l’influence de la décolonisation sur les populations –, il développe un univers profondément politique et poétique. Combat des lianes convoque ainsi un imaginaire sylvestre pour témoigner de la colère qui ronge les communautés Baka, auprès desquelles il s’est immergé pour nourrir ses tableaux. Vouant un culte au lien entre humains et forêt, leurs discussions ponctuent la représentation. Dans un environnement qu’ils ne reconnaissent plus, abattre les arbres revient à détruire les esprits qui y vivent : rien de mieux pour rendre cette vision palpable que d’en installer un, massif, au centre de la scène, entouré de souches et tronçons sectionnés, comme un véritable cimetière.
Évoluant entre break, krump, mouvements robotisés du popping et danse traditionnelle, le quintet de danseurs entame un voyage rituel où se greffent l’electro et les percussions des compositrices Rokia Bamba et Christiane Prince. Recouvert de paille, le tronc noueux de l’arbre sacré – surmonté d’un gigantesque masque, il s’apparente presque à une figure divine protectrice – laisse lentement apparaître les corps des interprètes. Mal à l’aise, ils s’en extirpent avec difficulté, rampant sur le sol comme des créatures en manque d’oxygène. Des poursuites crèvent finalement les cintres, sortant le plateau de sa pénombre pour créer des puits de lumière qui viennent percer la canopée. Une fois debout, rendre hommage à la force qui les a vu naître devient vital. Mains levées, paumes vers le ciel, leur entraide souligne l’importance de la fraternité dans ce monde qui leur échappe. Poussées à l’extrême, les expressions des visages – rage, joie, tristesse, choc – bouleversent autant qu’elles fascinent, de même que les chants indigènes enregistrés résonnant autour des artistes ou la subtilité avec laquelle certains messages sont amenés. Détenant une fleur d’un blanc éclatant, Zora Snake traverse le plateau au rythme de nappes sonores entêtantes, avant de la confier au public avec douceur, comme la transmission d’un symbole de résistance destiné à prendre racine ailleurs et à engendrer, à son tour, une vague de révolte.
Au Theater Freiburg (Fribourg-en-Brisgau) vendredi 22 mai
theater.freiburg.de
