L’art d’Orient à l’honneur au musée Théodore Deck
Avec Reflets d’Orient, le Musée Théodore Deck lève le voile sur la fascination de son céramiste phare pour l’art égyptien, turc, etc.
L’année 2023 marquait le bicentenaire de la naissance de Théodore Deck (1823-1891), enfant de Guebwiller particulièrement connu pour le bleu qui porte son nom, nuance vibrante née après une série d’expérimentations sur le turquoise. « Il y a donc un intérêt à révéler, aujourd’hui, nos collections internes », explique la commissaire et assistante de conservation Clara Cappitta. Et de poursuivre : « Avec environ 70 pièces, l’orientalisme représente la part la plus importante détenue par le musée. Nous avons toutefois décidé de faire un focus sur le Proche et le Moyen Orient, et non l’Extrême, car une exposition entière pourrait lui être dédiée. » Avec près de 130 œuvres réparties en cinq sections, le parcours commence avec une présentation des influences de l’artiste et ses reproductions. Parmi elles, citons les fameuses statuettes de chats symbolisant la déesse égyptienne Bastet, des flacons de parfum ornés de motifs orientaux ou encore une planche du Recueil de dessins pour l’art et l’industrie (1859) d’Eugène Collinot et Adalbert de Beaumont croquant une série de vases arabes et persans.
La deuxième salle se concentre sur la graphie islamique… à ceci près que les représentations qu’en fait Deck n’ont aucun sens. « Il n’est jamais allé dans ces pays, donc la plupart des écritures ne veulent rien dire », développe Clara Cappitta. « L’esthétique l’intéresse plus que l’aspect historique. S’il s’inspire du thuluth, un des six styles canoniques de la calligraphie arabe, le but n’est pas de véhiculer un message, mais d’avoir une fonction ornementale, décorative. » Des lampes de mosquée traditionnelles deviennent ainsi des vases au bleu hypnotique, tandis que des bassins rituels se transforment en cache-pots dont les marques laissent encore deviner l’usage qui en a été fait au fil du temps. Plus loin, arabesques, géométrie florale et portraits démontrent le perfectionnisme de Deck – l’occasion de sortir des pièces qui n’ont pas été exposées depuis un moment, comme une tulipière, une coupe à pied ou un vase corolle de la deuxième moitié du XIXe siècle. Après être passé par un chapitre consacré aux faïences de la ville turque d’Iznik, le visiteur découvre le projet audiovisuel Suzanne et les Vieillards, premier du genre orchestré par la structure, en partenariat avec les Dominicains de Haute-Alsace. Derrière un haut-relief en faïence – conçu avec le sculpteur Léopold Morice – montrant la scène biblique de Suzanne au bain, une projection narrée en raconte l’histoire, avant de dévoiler les détails de sa composition, au carrefour des influences orientales et occidentales.
Au Musée Théodore Deck (Guebwiller) jusqu’au 19 avril
ville-guebwiller.fr
> La Céramique d’architecture dans la production de la Faïencerie de Sarreguemines, conférence de Julie Kieffer, directrice des Musées de Sarreguemines (07/03, Maison Marguerite Kuentz)
> Un Charme jeté par l’Islam : Théodore Deck et les Orients de son temps, conférence de Christine Peltre, professeure émérite d’Histoire de l’art contemporain (14/03, Maison Marguerite Kuentz)
> Visites guidées les 07 (sur le thème des céramiques d’Iznik) & 14/03 ; visites guidées nocturnes les 19/03 & 02/04



