> > > > > > > > > > > > > > > > >
Abonnez-vous !
< < < < < < < < < < < < < < < < < < < < < <

La géométrie de François Morellet au Museum Würth 2 de Künzelsau

Vue de l’exposition Ausstellungsansicht avec mit π piquant no 1, 1=10°, 51 décimales (1998) et und π piquant no 2, 1 = 20°, 372 décimales (1998) © Ufuk Arslan

Célébrant le centenaire de la naissance de François Morellet, La Polyvalence de la géométrie s’installe dans un univers oscillant entre ordre et chaos.

Si François Morellet (1926-2016) fut un des fondateurs du GRAV (Groupement de Recherche d’Art Visuel) au début des années 1960, il est tentant, avant tout, de le rapprocher de l’Oulipo (OUvroir de LIttérature POtentielle), qui a érigé la contrainte en moyen de création. Comment, en effet, ne pas penser, face à son corpus plastique – dont est ici présenté un bel échantillon de 25 pièces –, à une célèbre phrase de Georges Perec, qui déclarait : « Au fond, je me donne des règles pour être totalement libre » ? L’artiste travaille avec des systèmes qui prédéterminent strictement ce que sera l’œuvre, avec pour volonté de réduire au minimum ses décisions subjectives. L’objectif est de laisser agir librement (et quasiment de manière autonome) des lois simples, évidentes et de préférence… absurdes, qu’il se plait, bien évidemment, à transgresser, mettant le bazar dans la géométrie en utilisant le hasard. Avec π piquant no 1, 1=10°, 51 décimales (1998), on comprend bien le fonctionnement du couple système / hasard. La multiplication des décimales de π (ici, 51 sont utilisées) par un coefficient en degré (ici 10°), permet d’obtenir différents angles (30°, 10°, 40°, 10°, 50°, 90°, etc.) qui relient des segments de droite d’égale longueur, composant une peinture d’un rigoureux (mais joyeux) ascétisme géométrique. Voilà qui définit à la perfection un corpus fait de lignes à la semblance d’épures, de sphères métalliques à l’impeccable et implacable architecture, de répartitions aléatoires (de 40 000 carrés, par exemple), de damier de néon qui ressemble à son reflet dans une flaque d’eau, etc. 

ue de l’exposition Ausstellungsansicht avec mit Sphère-trames (1962)
Vue de l’exposition avec Sphère-trames (1962) © Ufuk Arslan


Toute son existence, François Morellet est ainsi resté fidèle à un modus operandi oscillant entre deux pôles (apparemment) contradictoires s’attirant et se repoussant dans une dialectique féconde : ordre et chaos, prédétermination et hasard, appelons cela comme on le désire. Et c’est justement ce jeu permanent entre carcan logique et trouble d’essence absurde qui crée le sentiment de jubilation et d’ironie irriguant l’exposition. On y découvre notamment des pièces comme Striptyque no 1 (2005), en forme d’exploration des différentes potentialités de la ligne, qui appartient à une série que l’artiste surnommait affectueusement ses « Senile Lines » ; juste histoire de jouer encore, avec les mots cette fois, en inventant un palindrome, une de ses passions puisqu’il en publia 111 autour du mot « art ». 


Au Museum Würth 2 (Künzelsau) jusqu’au 24 janvier 2027
kunstkultur.wuerth.com

vous pourriez aussi aimer