Jeux de Rone

Rone, tête d’affiche du festival GéNéRiQ, alterne câlins electronica et secousses techno dans une musique propulsant loin du bitume, dans les étoiles. Entretien avec un musicien joueur, auteur d’un nouvel album épique et introspectif, habité par des voix et hanté par de drôles de Creatures.

Sur un des titres qui vous a placé sous les feux de la rampe, Bora, on entend l’écrivain Alain Damasio défendre l’idée selon laquelle il faut s’isoler afin d’élargir son univers. Vos morceaux sont-ils autant d’îles où se ressourcer ?

On peut voir ça comme ça… Je me reconnais dans le processus de création décrit par Alain : j’ai besoin de passer par une phase d’isolement pour composer. Il y a toujours un moment où je suis seul en studio avant cette étape de partage, durant les concerts, comme récemment aux Trans Musicales de Rennes, avec énormément de public. Se retirer pour mieux retrouver la foule.

Vous disiez Bye Bye Macadam sur votre précédent opus et évoquez aujourd’hui un désir de Quitter la ville : on ressent souvent le besoin d’évasion dans votre travail…

Il faut rester mobile pour rechercher des stimuli un peu partout. Je préfère mettre en avant un dessin plutôt qu’une photo de moi et, dans mes lives, utilise beaucoup d’images d’animation : c’est un moyen de déconnecter grâce à un univers imaginaire. Je vais puiser mon inspiration chez Alice aux Pays des Merveilles, dans Le Petit Prince, Philémon ou Little Nemo, ce petit garçon qui s’invente des mondes où se réfugier le soir venu. Ces références me bercent depuis l’enfance. J’aime à penser que ma musique est issue du rêve.

Vos titres n’échappent pas totalement à la réalité, on entend même votre bébé sur Calice Texas. Peut-on percevoir vos disques comme des journaux intimes, à condition de lire entre les lignes ?

Complètement ! On entend aussi ma respiration ou ma voix et c’est ma copine, la dessinatrice Lili Wood, qui a réalisé la pochette. C’est très familial, mais mon intimité est dissimulée derrière l’imaginaire. On retrouve ma chair et mon sang dans ma musique.

Il y a de nombreux invités sur Creatures : Bachar Mar-Khalifé, Frànçois (sans the Atlas Mountains ) ou Étienne Daho. Pourquoi avoir choisi de poser des voix sur votre electro ? Afin de vous confronter à des univers différents ?

J’avais envie de sortir de moi-même : mes morceaux ont été composés dans mon studio, chez moi, en caleçon, au saut du lit, un café à la main. Je voulais faire entrer d’autres personnes dans ma bulle, inviter des gens avec lesquels j’ai des affinités, une petite histoire. Par exemple, je ne connais pas très bien Daho, mais à l’origine, c’est lui qui est venu vers moi pour me demander de remixer son single En Surface.

Vous prétendez apprécier le bricolage sonore conduisant parfois à des accidents. Comment les provoquer ?

Grâce à mes synthés et boîtes à rythmes que je laisse parler. Je triture la matière sonore et des sons jaillissent : je dois alors les contrôler et les agencer. Les collaborations renforcent cette idée car les invités ont carte blanche et me proposent des choses avec lesquelles il faut rebondir.

Ce nouvel album est moins ”tohu-bohuesque”, plus sérieux : la musique demeure-t-elle un jeu pour vous ?

Il est plus mature, c’est lié à ma vie personnelle. Ceci dit, ça serait horrible si la musique devenait un job. Il faut qu’elle reste un terrain de jeu, qu’il y ait du relief, du suspens.

Qui sont les Creatures qui peuplent votre disque ?

Ce sont les morceaux eux-mêmes. Parfois, j’ai le sentiment qu’ils prennent vie tout seuls, lorsque je laisse tourner une machine. Je me vois comme un savant fou créant de petits Frankenstein rafistolés.

À Dijon, à La Vapeur, dans le cadre du festival GéNéRiQ, vendredi 13 février

www.lavapeur.com

À Esch-sur-Alzette, à la Rockhal, samedi 14 février

www.rockhal.lu

À Strasbourg, à La Laiterie, samedi 21 février

www.artefact.org

À Nancy, à L’autre Canal, vendredi 20 mars

www.lautrecanalnancy.fr

 

génériq, c’est chic

La tchatche de Sianna ou les basses de Vali Mo. La classe de My Brightest Diamond ou les riffs de Laetitia Shériff. GéNéRiQ, “festival des tumultes musicaux en villes”, mêle les genres dans une programmation pointue où l’on retrouvera, en haut de l’affiche, Rone ou Kele, leader de Bloc Party qui délaisse, en solo, la fièvre rock’n’roll pour la moiteur R’n’B. Au rayon découvertes, citons Fakear, jeune musicien français qui marche sur les braises ardentes d’une musique électronique toute en finesse, Hay Babies, trio féminin de chanson folk canadienne, Grand Blanc, rock nouvelle vague, ou encore Cotton Claw, quatuor de beatmakers de choc (voir Poly n°168).

À Belfort (La Poudrière), Besançon (La Rodia, Musée des Beaux-Arts), Dijon (La Vapeur), Montbéliard (Le Moloco, l’ancienne Banque de France) et Mulhouse (Le Noumatrouff), du 12 au 15 février

www.generiq-festival.com

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