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Grand Tourists to Turner : les Britanniques débarquent à la Villa Vauban

J.M.W. Turner (1775-1851), Zurich, 1841/42 © Tate, photo : Tate

Réunissant, à Luxembourg, des œuvres des Artistes britanniques en Europe entre 1750 et 1850, Grand Tourists to Turner a la semblance d’un vivifiant voyage.

Pour les esprits éclairés, artistes et autres aristocrates qui en avaient les moyens (ou la chance de trouver un mécène), le « Grand Tour » consistait, dès le XVIIe siècle, à partir de la découverte du berceau de la civilisation européenne et de ses merveilles. Débutant en 1750, cette exposition – fondée sur les riches collections de la Tate – montre la fascination alors suscitée par l’Italie sur les peintres britanniques, «cette exquise patrie du classicisme » que décrit avec verve William Beckford dans son Voyage d’un rêveur éveillé. Parmi eux, citons Richard Wilson – avec une vue pleine de délicatesse de Saint-Pierre depuis le Janicule (vers 1753) – et John Robert Cozens, qui représenta les rives du Lac majeur depuis les îles Borromées (vers 1783) dans un jeu de reflets bleutés d’un grand raffinement. Les ruines antiques sont bien entendu au cœur du propos : illustration avec une huile sur papier éminemment romantique où Thomas Jones installe un mystérieux moine sous une arche du Colisée, colonisé par les herbes folles (1777 ?), ou une composition dans laquelle Turner croque avec une grâce aérienne la Basilique de Constantin (1819).


Peu à peu, on sent poindre de nouveaux motifs : ils sont nombreux, par exemple, à s’intéresser aux paysages rencontrés en chemin. Le visiteur demeure scotché face à une aquarelle alpine du glacier et de la source de l’Arveyron signée Francis Towne (1781), qui hésite entre une précision chirurgicale et une étrange – et involontaire – échappée belle vers une abstraction faite de masses minérales s’entrechoquant, qui annonce bizarrement Georgia O’Keeffe. Dans les décennies qui suivent les guerres napoléoniennes, le paradigme est modifié : si l’Italie demeure prisée des « touristes » britanniques, elle n’est plus leur destination privilégiée. Dès 1817, Turner choisit ainsi les Pays-Bas et la Rhénanie pour le premier de ses nombreux voyages d’après conflit. Témoignent de ce déplacement de focale une vue parisienne de l’Hôtel de ville et du Pont d’Arcole pleine de panache (1833) ou une autre de Zurich (1841-42), où la ville se dissout dans le brouillard, montrant que notre homme est le peintre des éléments souverains – voire déchaînés – dans lesquels l’être humain semble disparaître. Sont aussi accrochées sept vues de la ville de Luxembourg réalisées au cours des deux séjours de Turner (1824 et 1839), précieux témoignages permettant d’apprécier une géographie qui nous enchante aujourd’hui encore, du plateau du Rham à la vallée de l’Alzette.


À la Villa Vauban – Musée d’Art de la Ville de Luxembourg jusqu’au 11 octobre
villavauban.lu

> En parallèle se déploie une exposition sur les Gravures anglaises consacrée à l’éditeur John Boydell (1719-1804)

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