Wild Wild East : Focus sur le Liban dans FARaway, Festival des Arts à Reims

Andy 2021, Gus Van Sant, © Bruno Simao

Dans FARaway, leur Festival des Arts à Reims, les structures culturelles de la cité des sacres imaginent un focus sur le Liban tout en accueillant quelques grands noms, de Bachar Mar-Khalifé à Gus Van Sant.

Dix jours durant, la ville bat au rythme des concerts, performances, expositions et spectacles réunis dans un même festival ouvert aux pulsations du monde. En 2020, FARaway remplaçait Reims Scènes d’Europe avec de nouvelles envies d’ailleurs. Brésil et Afrique en tête d’une première édition, la seconde ayant dû être adaptée et diffractée au fil de la saison. Si l’on croise les doigts pour ce troisième rendez-vous majeur, le programme n’en demeure pas moins alléchant. Cap à l’Est avec l’une des contrées écartelées et ravagées par les enjeux géopolitiques mondiaux. Si Beyrouth, capitale du pays du cèdre a littéralement explosé à l’été 2020, la corruption des élites dirigeantes et les ingérences régionales plongent le pays dans une banqueroute économique vertigineuse.

FARaway, Festival des Arts à Reims, Temps fort

Soubresauts du monde

La venue de la Zoukak Theatre Company, structure née en pleine guerre avec Israël en 2006, est tout un symbole. Adepte de la dramathérapie1, elle développe des interventions artistiques dans des situations d’urgence (jeunes incarcérés, victimes de violences domestiques, travailleurs migrants, réfugiées syriennes…) avec les marginalisés, tout en travaillant avec des personnes touchées par les conflits armés. Créé en 2008, le Zoukak Studio a déménagé en 2017 aux abords du quartier défavorisé de Karantina, non loin du port de Beyrouth. Il est devenu non seulement un espace de répétition pour les artistes émergents, mais aussi un lieu de rencontre avec des compagnies internationales invitées à s’y produire, de réflexion critique sur les arts de la scène et ce qui agite la société.

Dans Ghjalia’s Miles (01 & 02/02, Comédie de Reims, en arabe surtitré en français), le metteur en scène Omar Abi Azar conte le parcours d’une adolescente enceinte, fuyant sa famille libanaise pour l’Europe. Guidée par des femmes fortes rencontrées dans son périple, sa fougue prend, sous la plume de Maya Zbib, les atours de personnages mythologiques et de grandes figures de femmes guerrières et protectrices du monde arabe. Avec I Hate Theatre I Love Pornography (05 & 06/02, Comédie de Reims, en arabe surtitré en français), ils se font encore plus grinçants dans une performance inspirée par deux pièces d’Ibsen : Les Soutiens de la société et Un Ennemi du peuple, traitant toutes deux de la tyrannie de la majorité, de la morale et de l’argent en montrant le détournement de la lutte des classes pour des intérêts particuliers. La troupe libanaise mène une enquête sur les formes actuelles de corruption gangrénant le monde. Elle utilise les outils du théâtre pour nous mettre face à nos engagements ou renoncements. Les pays du Nord se tournent de plus en plus vers un conservatisme d’extrême droite par peur de l’autre. Au Sud, les conflits armés anéantissent les efforts de développement. Hommes d’affaires et seigneurs de guerre, main dans la main, font tourner les affaires, tandis qu’un système politico-médiatique remplace les horreurs des JT par des programmes de divertissement bien ficelés. Avec leur humour bravache et leur effronterie sagace, ils tendent un miroir à notre époque où tout se vend, surtout le pire. Les amateurs d’émotions fortes se réfugieront à La Cartonnerie pour un concert attendu du poignant Bachar Mar-Khalifé (03/02) et ceux ayant un nécessaire besoin de se défouler ont six rendez-vous avec le meilleur de la scène electro libanaise (In Beirut, Walls Don’t Blink, 27/01 Comédie de Reims, 03/02 Quartier libre).

Bachar Mar-Khalifé, Ya Nas

Pop Pop Pop

Impossible de passer à côté de la première incursion de Gus Van Sant au Théâtre. Le réalisateur des troublants Milk et Elephant, admirateur des marges, se penche sur la jeunesse d’Andy Warhol. Trouble (04 & 05/02, Comédie de Reims, en anglais surtitré en français) dépeint le pape du Pop art comme un créateur ayant eu par hasard la chance de croiser un mouvement populaire, entraînant une division rare dans le monde de l’art. Se télescopent dans cette pièce événements biographiques des sixties, musique du Velvet Underground, figures de l’époque (Truman Capote, Edie Sedgwick…), intimité silencieuse et brouhaha cacophonique d’une révolution artistique. Gus Van Sant mélange réalité et fiction, difracte le temps pour construire un rapport imaginaire et sensible avec son sujet. Avec une dizaine de jeunes comédiens, il porte un regard critique sur la naissance d’un mouvement culturel de masse et ses excès autant qu’il portraiture les failles d’un homme dépassé par sa gloire, obnubilé par sa fame glamour, ne trouvant refuge que dans sa perte.


Dans les institutions culturelles de Reims (Cartonnerie, Césaré, Comédie, Frac, Manège, Nova Villa et Opéra) du 27 janvier au 6 février
farawayfestival.eu

1 Partie des arts-thérapies, elle utilise les outils et les processus du théâtre pour accompagner des personnes ou des groupes vers un mieux-être en travaillant la santé mentale

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