Europa, europa

© Bart Barczyk

Nouvelle directrice musicale de l’Opéra national de Lorraine, Marta Gardolińska propose un programme intitulé Europa 1900- 1920 rassemblant des œuvres de Ravel, Karłowicz et Strauss.

Pour le directeur de l’Opéra national de Lorraine, Matthieu Dussouillez, « Marta Gardolińska fait partie de cette nouvelle génération appelée à reprendre le flambeau et à porter la musique dans un monde en profonde mutation. » Jeune trentenaire, la cheffe polonaise a déjà un beau parcours derrière elle. Elle s’est notamment fait remarquer avec le Bournemouth Symphony Orchestra auquel elle était associée en 2018. Membre du Dudamel Fellowship Program au cours de la saison 2019-20, elle œuvra aux côtés du charismatique chef vénézuélien Gustavo Dudamel – qui vient tout juste de prendre les rênes de l’Opéra de Paris – avec le Los Angeles Philarmonic. « Avec elle, nous avons à cœur de proposer un voyage à travers des pays, des époques, des courants artistiques qui ont contribué à forger l’identité artistique de notre ville et de notre maison », poursuit Matthieu. Et la première étape de ce périple mène l’orchestre de l’Opéra national de Lorraine dans l’Europe du début du XXe siècle, entre 1900 et 1920.

La déambulation débute avec La Valse de Maurice Ravel. En guise d’incipit, le compositeur fait figurer ces mots sur une partition qu’il avait d’abord envisagé de nommer Wien : « Des nuées tourbillonnantes laissent entrevoir par éclaircies des couples de valseurs. Elles se dissipent peu à peu ; on distingue une immense salle peuplée d’une foule tournoyante. La scène s’éclaire progressivement. La lumière des lustres éclate au plafond. Une cour impériale vers 1855. » Malgré ces phrases, le fracas de la Première Guerre mondiale toute proche est encore perceptible dans cette partition achevée en 1920 : un monde s’est écroulé et le créateur du célèbre Boléro exprime sa nostalgie teintée d’ironie pour les scintillements de l’Empire austro-hongrois à jamais éteints… comme si les valses viennoises étaient passées au prisme du cubismeLe concert s’achève avec Mort et transfiguration, poème symphonique métaphysique de Richard Strauss interrogeant la destinée humaine autant que la précédente pièce questionnait celle des civilisations. Entre ces deux pages, nous découvrirons Mieczysław Karłowicz, compositeur polonais qui aurait sans conteste été un de plus grands de son époque s’il n’avait été emporté par une avalanche dans les Tatras, en 1909, à l’âge de 32 ans. Avec des artistes comme Karol Szymanowski, il fut membre du groupe Młoda Polska (Jeune Pologne), fortement influencé par le post-romantisme de Strauss… Interprété par Bartek Nizioł, son Concerto pour violon, plein des couleurs et des lumières de la haute montagne, en est l’éclatant témoignage.


À la Salle Poirel (Nancy), jeudi 30 septembre et vendredi 1er octobre
opera-national-lorraine.fr

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