Dystopie SF dans le Bunker de Marion Siéfert
Les relations humaines prennent un nouveau virage dans Bunker, dernière création de Marion Siéfert où science-fiction rime avec problèmes de communication.
Quand la figure de l’ado harcelée était au cœur d’une _jeanne_dark_ 2.0 mêlant jeu traditionnel et live Instagram, celle d’une jeunesse en quête d’identité et de rêves s’emparait de Daddy, spectacle dont le dispositif croise texte, danse, musique et jeu vidéo. Puisque Bunker nous entraîne dans un monde futuriste où les technologies sont reines, on pourrait s’attendre à une mécanique tout aussi stupéfiante… Mais non. Marion Siéfert prend le contre-pied et recentre le récit sur le propos, se détachant de ses précédentes scénographies. Sa dernière pièce s’intéresse au quotidien de Paul, riche homme d’affaires « évolué » s’étant réfugié dans un luxueux abri anti atomique avec sa fille, Ami. Le hic, c’est que les rapports entre les deux ne sont pas au beau fixe : depuis plusieurs années qu’ils vivent ainsi reclus du monde, la jeune fille s’est murée dans le silence et n’adresse plus la parole à son père. Si elle se retranche derrière la pratique du lancer de couteaux papillons ou du tir à l’arc japonais pour passer le temps, son paternel tente de diriger son entreprise, dopé à la puce neuronale qu’il se fait implanter.
Bunker s’ouvre ainsi sur son opération du cerveau. Pratiquée par son chirurgien personnel – qui revient aussi sous les traits de son coach sportif et de son orthophoniste – alors qu’il est éveillé, elle lui permet de se confier sur les questionnements qui le traversent. Pourquoi sa fille ne lui parle-t-elle plus ? Comment faire pour lui léguer son héritage, alors qu’il a aussi un fils, Andersen, resté à la surface, avec qui il s’est brouillé ? Tandis qu’il égrène ses angoisses, le médecin ajuste son interface pour booster les capacités du sujet au maximum. Le spectateur découvre que la puce révolutionnaire permet au personnage de gamberger plus vite, d’envoyer directement des directives à ses équipes sans avoir besoin de passer par un ordinateur ou téléphone portable – ironique ! – ou encore d’éplucher des informations de façon ultra-efficace afin de concurrencer l’IA. Mais à quel prix ? Paul doit également jongler avec la présence invasive de sa mère qui, si elle ne se trouve pas physiquement sur scène, intervient verbalement à chaque occasion de donner son avis sur la situation. Le jeu des comédiens se voit par ailleurs enrichi par les mouvements hip-hop de Janice Bieleu. Formée au popping, l’interprète d’Ami oppose la voix du corps au discours de son père, comme elle l’avait déjà fait dans la Pièce d’actualité n° 12 : DU SALE !, duo chanté-dansé où Marion Siéfert faisait dialoguer silence et langage. Ici, la saveur se révèle toutefois différente, car elle en explore les limites.
Au Théâtre national de Strasbourg du 3 au 13 novembre et à la Comédie de Genève du 9 au 12 février 2027
tns.fr – comedie.ch
> Représentation surtitrée en turc (06, 07 & 13/11) et en dari (06, 12 & 13/11) au TnS
