Dräi Eechelen : Collect10ns

Plan de la forteresse (1688) © MNHA Tom Lucas

Le musée Dräi Eechelen fête sa première décennie avec Collect10ns, vaste présentation de ses trésors retraçant, en filigrane, l’histoire mouvementée du Grand Duché.

Installé depuis 2012 dans l’enceinte du fort Thüngen – construit par les Autrichiens en pleine guerre austro-prussienne et dont les trois emblématiques tourelles arrondies ont été pour lui spécialemen restaurées – le Dräi Eechelen (“les trois glands”, en luxembourgeois) fait revivre le riche passé d’un territoire d’autant plus convoité par les grandes puissances européennes qu’il est sis en plein coeur du Vieux Continent. Du XVe siècle à l’indépendance en 1839, le Luxembourg passe successivement sous souveraineté bourguignonne, espagnole, française, autrichienne, à nouveau française, puis hollandaise… En témoignent les nombreux portraits ducaux, royaux ou impériaux qui jalonnent le parcours, de Charles le Téméraire à Guillaume II, en passant par Louis XIV et un buste en marbre du Prussien Friedrich Wilhelm IV. Celui du premier, prognathe duc de Bourgogne paré de la Toison d’Or et représenté en Saint guerrier, ne cesse d’ailleurs de fasciner le visiteur. Charles IV – dit le Téméraire ou le Hardi – est surtout célèbre pour avoir toute sa vie combattu le roi de France Louis XI afin de réunir ses territoires épars de Bourgogne, Franche-Comté, Luxembourg et Pays- Bas. Quitte à s’allier à la maison des Habsbourg, auxquels renvoient certains éléments de l’armure qu’il arbore sur ce tableau posthume, réalisé vers 1550… sous Charles Quint, son arrière-petit-fils ! La composition figure en outre, à l’arrière-plan, l’épisode biblique de Gédéon, désireux de s’assurer qu’il a bien été élu par Dieu pour sauver Israël. Le message est à peine subliminal…

Autre splendeur tirée des Collect10ns, une gravure sur acier d’Albrecht Dürer, Paysage avec canon (1518), datant de l’époque où l’artiste était au service du vieillissant empereur Maximilien Ier. L’eau-forte, acquise en 2020 par le musée luxembourgeois, est l’une des dernières qu’il a réalisées sur fer. Elle côtoie, dans les galeries souterraines servant d’écrin aux espaces d’exposition, ici un ostensoir gothique du couvent de Marienthal, là une tabatière de l’époque napoléonienne ou encore un spectaculaire vase de la Fabrique impériale et royale de faïence des frères Boch, soulignant l’industrie florissante du Duché au XVIIIe siècle. Naviguant de l’Histoire avec un grand H à celle, moins officielle, des objets du quotidien des fantassins s’étant succédés dans la forteresse, se découvrent encore quelques curiosités, tel ce plat à barbe produit à Septfontaines, sur lequel un certain Augustin Nilles, membre du 7e régiment d’infanterie de ligne de la Grande Armée, s’est fait représenter dans un décor personnalisé, ou encore ce manuel du soldat, apportant cinquante réponses aux questions que pouvaient se poser les novices au combat.


Au Musée Dräi Eechelen (Luxembourg) jusqu’au 12 mars 2023
m3e.lu

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