Dakar éternel : L’Orchestra Baobab et son cocktail musical euphorisant

Senegal. Dakar. 01/2020. Orquestra Baobab.

Monument de la musique sénégalaise, l’Orchestra Baobab continue à faire danser le monde avec son cocktail euphorisant mêlant l’Afrique et Cuba. 

Senegal. Dakar. 01/2020. Orquestra Baobab.

C’est un ensemble mythique, un groupe de légende, qui a fait danser le Tout-Dakar dans les seventies, est tombé dans l’oubli, puis a resurgi au début des années 2000, à la faveur de sa découverte par le public européen. L’histoire débute en 1970, quand Adrien Senghor – neveu du président-poète Léopold – débauche les meilleurs musiciens du Miami, une boîte de nuit des quartiers populaires, pour animer la piste de son très select et tout nouveau Club Baobab. Parmi eux, les vocalistes virtuoses Balla Sidibé (également timbaliste) et Rudy Gomis, le guitariste togolais Barthélémy Attisso, le charismatique saxophoniste Issa Cissokho ou encore le grand ténor Laye Mboup, illustre descendant d’une longue lignée de “guewels” (griots wolofs). Élites locales, hommes d’affaires, célébrités, diplomates et expatriés viennent alors se déhancher au rythme de leur savant mélange de folklores ouest-africains et de sonorités cubaines, en vogue sur le continent depuis les années 1940, quand les marins ramenaient des disques des Caraïbes.

Du temps de sa splendeur, l’orchestre aux parfaites mélodies métissées commet plusieurs chefs-d’œuvre, devenus de véritables standards. Sur Utrus horas (1982), où les lignes de guitare et de saxo s’entrelacent suavement au son du créole portugais mélancolique de Gomis – le salsero manjak de la bande, décédé en avril dernier –, les audacieux Baobabs reprennent l’un des plus célèbres hymnes guérillero du poète bissau-guinéen José Carlos Schwarz, révolutionnaire de la première heure, tôt persécuté par les colonisateurs. Dans ce boléro à la force tranquille, chaque instrument répond à l’autre avec la même grâce, sans en rajouter, ancré dans la certitude profonde que l’intensité de l’émotion est là, inouïe. Jiin Ma Jiin Ma (1981) – autre banger de la formation, chanté à l’origine par le griot Ndiouga Dieng – rappelle de son côté qu’en amour, il ne faut jamais rien prendre pour acquis. Éclipsés dans les années 1990 par le mbalax étourdissant de Youssou N’Dour, un de leur plus grand fan, les sémillants vétérans n’ont pourtant pas dit leur dernier mot. En 2002, avec l’aide du producteur anglais Nick Gold, déjà à l’origine de la formidable résurrection des Cubains du Buena Vista Social Club, ils sortent l’album Specialists in All Styles, suivi en 2007 par Made in Dakar, puis en 2017 par Tribute to Ndiouga Dieng. Depuis, les tournées internationales s’enchaînent, dont celle débutée en 2020 pour fêter les cinquante ans du combo. Car pour assurer la relève, malgré les disparitions successives des anciens, de nouveaux talents sont régulièrement intégrés, comme le chanteur Alpha Dieng (fils de Ndiouga) ou le guitariste René Sowatche. « Un baobab, ça ne meurt jamais », avertissait déjà Balla Sidibé en 2007. « Même desséché, il refait de jeunes pousses et renaît ! »

Utrus Horas, Orchestra Baobab

À La Vapeur (Dijon) dans le cadre du Tribu Festival vendredi 30 septembre et à l’Espace Django (Strasbourg) mardi 18 octobre
orchestrabaobab.com

Édité par World Circuit Records
worldcircuit.co.ik

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