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Rembrandt van Rijn, La Mère de l’artiste

La collection réunie par Marie-Claire Ballabio et Jeannine Poitrey vient d’être donnée aux Musées de Strasbourg. Zoom sur quatre de ses chefs-d’œuvre.

Un ensemble de 57 œuvres rassemblé avec Jeannine Poitrey : telle est la donation exceptionnelle opérée par Marie-Claire Ballabio aux Musées de Strasbourg. Elle est visible dans son intégralité pour la dernière fois, avant que ses composants ne soient dispatchés dans les collections. Parmi ces 17 tableaux et 40 travaux sur papier où est perceptible un tropisme pour le XVIIe siècle, Dominique Jacquot, Conservateur en chef du Musée des Beaux-arts, et Florian Siffer, Attaché de conservation, responsable du Cabinet des Estampes et des Dessins, présentent leurs coups de cœur.

Gerrit Berckheyde, Vue du Damstraat d’Harleem vu du Spaarne, avec la Maison du Poids à droite et l’église de Saint Bavon
« Ce tableau est apparemment simple : il montre une vue de Harleem en 1667 », résume Dominique Jacquot qui précise « qu’il comble, comme beaucoup d’œuvres de cette donation, une lacune dans nos collections. » Plans d’une grande netteté, coloris froids et lumières architecturent savamment la toile où « il faut voir le reflet d’un orgueil, celui d’un peuple qui vient d’acquérir son indépendance politique et religieuse. On sent que le peintre est fier de magnifier ce pays prospère et son histoire, montrant des édifices d’époques et de styles différents. Il y a aussi un détail incongru, cette grue actionnée par des hommes qui couraient dans le tambour, comme des hamsters dans leur cage ! »

Alessandro Magnasco, Moines à table
« Son trait sinueux et tourmenté est reconnaissable du premier coup d’œil avec des figures étirées évoquant Le Greco, mais aussi un côté fantomatique, presque inquiétant ici », explique Florian Siffer. Il s’agit d’un « dessin préparatoire pour la toile du Refettorio dei frati francescani conservée à Bassano. Le Musée des Beaux-Arts possède deux tableaux de Magnasco. L’un représente des nonnes en train de filer. Exposé à Toulouse, il y a quelques années, il a été vu par les deux collectionneuses. Cela fait partie de toutes petites strates qui se sont accumulées dans leur esprit, aboutissant à cette donation. »

Johann Wilhem Baur, Bataille de cavalerie
Il s’agit de l’un des deux artistes strasbourgeois de la donation, avec Gustave Doré. Dans cette gouache de 1637, géniale miniature riche de mille et un détails, se découvrent des centaines de personnages, observables à loisir grâce à une table tactile permettant de plonger au cœur de l’œuvre. « On y retrouve des fonds identifiables immédiatement. Ce n’est pas le Bleu Klein, mais le Bleu Baur », s’amuse Florian Siffer. Et de poursuivre : « Existe même une forme d’anachronisme, puisqu’il a représenté sur parchemin des personnages en armure évoquant plus le Moyen-Âge que le début du XVIIe siècle. C’est la signature de l’école miniaturiste strasbourgeoise qui faisait encore de l’héraldique à l’époque, car les amateurs en étaient extrêmement friands pour leurs cabinets de curiosités. »

Gian Battista Pittoni, Tête de la Vierge
Dans la donation, sont rassemblées plusieurs vierges en prière dont celle, éclatante, de Sassoferrato qui en est devenu l’emblème. Pour Dominique Jacquot, celle de Pittoni, l’un des plus importants peintres vénitiens de l’époque avec Tiepolo, datant de la première moitié des années 1730, est la « plus émouvante. Marie est représentée de manière très humaine, nimbée d’une immense grâce, baissant les yeux avec humilité. J’avais découvert ce tableau, reproduit – en toute petite taille et en noir et blanc – dans le catalogue d’une exposition de 1971 dédiée à Venise au XVIIIe siècle, au Musée de l’Orangerie. La voir dans cette donation qui s’inscrit dans la complémentarité avec nos collections, la plus importante pour nos Musées depuis celles de messieurs Kaufmann et Schlageter en 1987 et 1994, a été un choc. »


© Mathieu Bertola / Musées de la Ville de Strasbourg

À la Galerie Heitz du Palais Rohan (Strasbourg), jusqu’au 24 février
musees.strasbourg.eu

“Alessandro Magnasco (1667-1749), un artiste génois dans l’Italie des Lumières”, une conférence de Véronique Damian, mardi 21 janvier à 19h à l’Auditorium des musées

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