Entre Art et Archéologie, se déploie L’Héritage de l’Amazonie, immersion au cœur de civilisations… qui ont beaucoup à nous apprendre.
Milieu naturel menacé, l’Amazonie – quelque six millions de kilomètres carrés, soit près de 70 % de la superficie de l’Amérique du Sud, répartis sur neuf pays – est également un espace culturel multiple, berceau de civilisations anciennes, puisque cette aire géographique est peuplée depuis au moins 13 000 ans. Cette exposition replace en pleine lumière des univers souvent oubliés, dont les chefs-d’œuvre ont parfois moisi des décennies dans les réserves des musées occidentaux, à l’image des caisses rapportées de Bolivie, au début du XXe siècle, par l’explorateur suédois Erland Nordenskiöld et qui n’avaient… jamais été ouvertes ! Le parcours permet de découvrir des cultures autochtones mal connues à travers des artefacts majeurs comme les vases à caryatides des Tapajós, pièces raffinées dont la décoration zoomorphe ou anthropomorphe – selon l’angle où on se place – illustre la porosité entre les espèces. On adore aussi les muiraquitãs, petits pendentifs porte-bonheur de pierre verte en forme de grenouille, qu’ils fabriquaient. Également venues du Brésil, les somptueuses urnes funéraires de l’île de Marajó, ornées de peintures rouges (réalisées avec des graines de roucou) hésitant entre l’humain et l’animal, ont une fonction psychopompe, escortant les défunts – dont elles contiennent les ossements – vers d’autres existences.
Temps fort, une installation immersive emporte le visiteur dans une zone reculée de Colombie, à Chiribiquete et au cœur de la Serranía de La Lindosa, avec des parois rocheuses ornées de peintures rupestres parmi les plus extraordinaires au monde, dont certaines sont vieilles de 12 000 ans. Motifs géométriques, êtres humains, arbres et plantes et (surtout) singes, jaguars, poissons, chauves-souris et autres animaux, parfois hybrides, composent des tableaux fantastiques évoquant vraisemblablement des rituels chamaniques. La chose essentielle à retenir dans cette dense présentation demeure néanmoins la manière d’être au monde de ces peuples consistant à créer un lien vivant et puissant avec leurs racines, le paysage et la sphère spirituelle. Cette relation de symbiose se perpétue : preuve en est apportée par la communauté Quijos de Cotundo (Équateur) sur laquelle un focus est apporté, montrant la relation qu’elle entretient avec les lieux sacrés. Pour l’illustrer, un toit tressé de manière traditionnelle – œuvre collaborative réalisée avec des étudiants de la Haute école des arts de Zurich et des visiteurs – verra le jour, comme le symbole de cette connexion à l’univers que nos sociétés doivent impérativement retrouver.
Au Museum Rietberg (Zurich) jusqu’au 14 mars 2027
rietberg.ch
