Riche rétrospective pour Geoffrey Bawa au Vitra Design Museum
Une Architecture pour les sens : telle fut la philosophie de Geoffrey Bawa. Une rétrospective très complète, regroupant quelque 250 pièces, est consacrée au Sri-Lankais au Vitra Design Museum.
Longtemps considéré sous l’unique prisme du « modernisme tropical », l’art de Geoffrey Bawa (1919-2003) s’inscrit dans une dimension plus large, l’homme étant rétif aux classifications. C’est ce que montre cette passionnante présentation regroupant dessins, maquettes, meubles, films et autres photographies signées Iwan Baan, qui restituent l’âme des différents édifices. Architecte majeur, il naît dans ce qui se nomme encore Ceylan, s’extirpant progressivement des influences du modernisme occidental, encore perceptibles dans ses premières réalisations comme la St. Thomas’ Preparatory School (1957-63). Organisé en quatre sections, le parcours permet de découvrir, dans un premier espace, ses deux projets les plus personnels : sa maison de campagne, le domaine de Lunuganga – au bord du lac Dedduwa à Bentota – qu’il n’a cessé de façonner depuis son acquisition en 1948, en faisant son terrain d’expérimentations, et son domicile de Colombo, le « Number 11 ». Co-commissaire de l’exposition, Shayari de Silva est « fascinée par la façon dont la lumière se déplace à travers la maison. Ses loggias, ses cours intérieures et ses puits de lumière agissent comme un cadran solaire collectif, se déplaçant au fil de la journée pour mettre en valeur différents espaces à différents moments. » S’y déploie la grammaire stylistique du Sri-Lankais : fusionner l’artisanat et les matériaux locaux avec les possibilités de fabrication industrielle, prendre en compte l’espace en intégrant la nature dans toutes ses dimensions (topographie, climat, etc.) dans le récit spatial narré par un édifice.


![Hammered metal and gilded door by Ismeth Raheem on the staircase, Number 11 [House for Geoffrey Bawa], Colombo, Sri Lanka. Photo: Iwan Baan, 2026, © Iwan Baan](https://www.poly.fr/wp-content/uploads/cache/2026/09/05-vdm-geoffrey-bawa/2213782727.jpg)

Dans les chapitres suivants se déploient le contexte dans lequel Geoffrey Bawa a évolué – qui a fait de la pénurie un aiguillon pour sa création dans les temps difficiles d’après l’indépendance – et la dimension collaborative de son corpus, que ce soit avec la designer textile Barbara Sansoni et le sculpteur Laki Senanayake ou avec des ateliers organisés sous forme d’initiatives sociales. Enfin, est explorée en profondeur la relation de l’architecte, écologiste avant l’heure, avec la nature : le Kandalama Hotel de Dambulla, qui semble émerger de la forêt comme s’il constituait son prolongement évident, a ainsi été édifié en harmonie avec l’environnement – dans le hall, des rochers font partie intégrante de la structure – tout comme le bâtiment administratif de la Ceylon Steel Corporation à Oruwala, qui surplombe un lac avec une infinie délicatesse. Dans une vision très en avance sur son temps, l’architecte plaçait en effet les éléments naturels et artificiels sur un pied d’égalité…
Au Vitra Design Museum (Weil am Rhein) jusqu’au 28 février 2027
design-museum.de – geoffreybawa.com


