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Les Petites Filles modernes, pièce de Joël Pommerat

Les Petites Filles modernes - Compagnie Louis Brouillard - Joël Pommerat © Agathe Pommerat

Joël Pommerat invite à rencontrer Jade et Marjorie, Les Petites Filles modernes  d’un conte fantastico-initiatique où amour, amitié et oppression sont liés.

Après Contes et Légendes (2019), spectacle décortiquant la construction identitaire de deux garçons au cours de l’adolescence, Joël Pommerat continue à dérouler le fil de ses idées sur cette période charnière en plongeant dans le quotidien compliqué de deux collégiennes. Au début, Jade et Marjorie ne s’apprécient pas. La première fait vivre un enfer à l’autre – c’est d’ailleurs ainsi que l’on fait leur connaissance, sur le pas de la porte du bureau du proviseur. Puis, elles vont finir par se trouver des points communs, notamment via l’opposition virulente envers leurs parents – que l’on ne voit pas une seule fois, mais entend distinctement. Elles deviennent alors amies et trouvent refuge dans un monde fabuleux. En usant de leur imagination pour s’extirper d’une réalité devenue trop lourde – la pièce n’hésite pas à traiter de sujets forts comme le harcèlement scolaire, la maltraitance, la révolte ou la violence –, l’histoire de ces deux gamines n’est pas sans rappeler celle, tragique, du duo Jess / Leslie du roman Le Royaume de la rivière (1977) de Katherine Paterson (rebaptisé Le Secret de Terabithia suite à l’adaptation cinématographique éponyme, en 2007). Si, dans ce récit, l’un des deux héros finit par trouver la mort, ce n’est pas le cas dans Petites Filles modernes (titre provisoire)… bien que ces dernières soient menacées, elles aussi, d’être séparées.

Sur un plateau jouant constamment avec les clairs-obscurs – marque de fabrique du metteur en scène et auteur –, la chambre fait office de point de bascule dans l’univers parallèle. Dans un jeu de lumières immersives, effets d’optique, fondus au noir et utilisation de la vidéo, les espaces se créent et se déconstruisent à l’envi, brouillant les repères et les perspectives entre vie réelle et fictive. Là, les enfants attendent patiemment qu’un orage passe, matérialisé par de brusques zébrures éclatantes sur des rideaux en accordéon. Ensuite, les voilà projetées dans un décor étrange, où l’on devine une porte, gardée par un vieillard. Ici, Jade et Juliette ne sont pas seules. En parallèle de leur amitié naissante, une autre intrigue se tisse : celle de deux êtres, bannis pour s’être aimés, et que seul un puits magique semble en mesure de réunir. Quand Cendrillon (2011), réécriture du conte de Perrault, interrogeait les notions de merveilleux et de surnaturel, Les Petites Filles modernes s’en empare avec le plus grand sérieux, les plaçant au centre de l’expérience théâtrale. Le besoin d’évasion des deux protagonistes fait par conséquent écho à la quête d’émancipation propre à cet âge, que l’on retrouve parfaitement résumée dans une réplique : « Me donne pas d’ordre ! J’ai pas envie d’être ici non plus, parce que je m’en fous que ça finisse mal ! J’ai juste envie de partir ! ».


Au Théâtre national de Strasbourg  du 3 au 18 juin (à partir de 13 ans)
tns.fr

> Rencontre avec l’équipe artistique (13/06)

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