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Le bonheur, C’est la Moindre des choses de Geoffrey Rouge-Carrassat

Geoffrey Rouge-Carrassat © Teona Goreci

Sous l‘égide du CDN de Nancy, Geoffrey Rouge-Carrassat orchestre La Moindre des choses, création partagée sur le thème du bonheur.  Entretien avec le comédien et metteur en scène. 

Le bonheur, c’est un sujet plutôt inattendu au vu de votre répertoire !
Après avoir travaillé sur des notions d’une profondeur assez désespérante – l’emprise, l’addiction, la peur –, j’ai eu envie de plus de légèreté. Le CDN propose une création copartagée, c’est-à-dire en collaboration avec des amateurs, par saison. La thématique m’a séduit parce qu’elle est plutôt absente du théâtre contemporain, dont la dimension politique incite plutôt au pessimisme. Le propos n’est pas superficiel pour autant. Le bonheur est un point de départ qui rejoint la question plus large du sens de la vie.

Une soixantaine d’interprètes jouent au plateau. Comment avez-vous abordé cet aspect collectif ?
Il y a en tout quatre groupes : des comédiens non expérimentés, auteurs de leurs propres tableaux scéniques ; des étudiants développant un angle plus scientifique et philosophique ; des personnes en réinsertion sociale, qui mêlent témoignages, scènes muettes et textes fictionnels ; et enfin, une chorale gospel qui performe des chants évoquant la joie. Nous avons d’abord élaboré l’écriture des séquences puis leur agencement, l’objectif étant de refléter la diversité des points de vue. Plus que la cohérence narrative ou esthétique, c’est l’épanouissement des individus réunis qui sert de fil rouge. Le fait de créer un spectacle ensemble malgré leurs différences, cela dit aussi quelque chose du bonheur. 

Photo de répétition Probenfoto © Théâtre de la Manufacture – CDN Nancy Lorraine


On sent que pour vous, l’enjeu de ce projet dépasse la portée artistique.
Faire du théâtre professionnel dans des institutions publiques, c’est véhiculer des valeurs, des codes esthétiques qui ne sont pas ceux du théâtre amateur, ni de l’art populaire. J’ai conscience de mes propres biais. Je suis en permanence dans des arbitrages, à me demander si telle proposition n’est pas trop cliché, trop simpliste. Or qui dit travail collectif dit vivre ensemble, a fortiori sur cette thématique. Certains sont à l’aise au plateau. Pour d’autres, dire une seule phrase est un pas de géant. Mon rôle, c’est moins d’en définir la dimension purement artistique, que d’œuvrer pour que chacun y trouve un enjeu, du sens, du plaisir. Que le spectacle me satisfasse à titre personnel, ce n’est pas vraiment la question. 

Vous avez développé la question du ludisme théâtral, à partir du postulat selon lequel la professionnalisation du comédien exclut le plaisir du jeu. Diriger des amateurs vous permet-il de renouer avec ? 
C’est là que ce projet me bouleverse. L’engagement que nous avons pris mutuellement n’est pas financier ni professionnel. Ils sont amateurs au sens premier du terme. Participer est une nécessité pour eux et cela rejaillit sur leur investissement. Ce qu’on perd en technicité, on le gagne en engagement.


Au Théâtre de la Manufacture (Nancy)  du 15 au 17 mai
theatre-manufacture.fr 

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