Zoom sur les Actuelles, festival de mise en lecture à Strasbourg
Cinq textes de théâtre contemporain mis en lecture par des artistes régionaux : tel est l’ADN des Actuelles, de retour pour une 28e édition.
À Strasbourg, le duo d’artistes associés aux Taps revient pour une nouvelle saison des Actuelles. Houaria Kaidari et Logan Person, co-directeurs artistiques de la manifestation, ont sélectionné cinq sujets reflétant la pluralité de notre société. Si, l’an dernier, ils sentaient que la thématique de la famille « pointait le bout de son nez », celle-ci se confirme et trouve sa place au milieu de propositions traitant autant de la volonté de se battre que de l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte. La Peau des autres (10/03), histoire signée Lauriane Goyet, s’intéresse ainsi à une jeune fille victime de violence intra-familiale. « C’est un texte à deux voix qui tourne autour du pouvoir transcendant de l’amitié », explique la directrice de lecture Marion Bouquet. « Sans pudeur et [marqué] par le franc-parler adolescent », il se voit traduit, au plateau – dans chaque spectacle, la scénographie est prise en charge par deux ou trois étudiantes de la Hear –, « par un univers brut, crade, avec un côté urbain et onirique. » Le rapport au corps tient quant à lui une place centrale dans la musique du percussionniste Gil Hyoung-Kwon, qui tire profit de son environnement et de sa propre peau. C’est également en exploitant le principe même des Actuelles – la voix – que Marion Bouquet a sélectionné ses comédiennes : « Elles sont à l’opposé l’une de l’autre », sourit-elle. « Ysanis Padonou a un timbre profond, un grain à la fois brut, doux et posé, alors que celui de Manon Ayçoberry est très énergique et solaire. »

« Le challenge est de créer un imaginaire sans jouer, en lisant et en faisant simplement entendre le récit », souligne Marie Seux, directrice de lecture sur Virages noirs (13/03) de Shiho Kasahara. Mettant en parallèle deux couples – l’un, originaire du Jura et ayant perdu un enfant à cause d’un incendie, et l’autre, vivant en Haïti, pressé par un feu de forêt et se rendant à la maternité dans un contexte de guerre civile –, « le texte est écrit comme une tragédie, avec un chœur qui commente les actions des personnages. » Une particularité gardée dans la mise en lecture – soutenue par le saxophoniste Léonard Kretz –, tout comme la forme initiale. « C’est rédigé comme un long poème », précise-t-elle. « Nous choisissons de ne pas faire d’élision, de ne pas banaliser la langue et de tout prononcer. » Avec D’ici jusqu’à l’heure (12/03) de Thibaut Kuttler, Florence Albaret monte l’unique solo de la programmation. Portée par Jules Cibrario, ancien membre de la jeune troupe de la Comédie de Colmar et de Reims, la performance « parle du décès d’un ami, de la vie après le deuil et de la claque que tu te prends quand tu traverses ça à 19 ou 20 ans », explique-t-elle. Inspirées par L’Île des morts d’Arnold Böcklin, qui figure un matelot avançant vers un paysage étrangement apaisant, les apprenties scénographes retranscrivent un paradoxe que l’on retrouve dans la poésie de l’auteur, bourrée de références à la lumière, qui « contrebalancent le fait que la mort est souvent vue comme une journée grise, mélancolique, alors que la vie continue de pulser malgré tout. »
Au Taps Laiterie (Strasbourg) du 10 au 14 mars
taps.strasbourg.eu
