Figure singulière de l’electro-pop, Sébastien Tellier retourne à ses racines avec Kiss the Beast, mosaïque sonore foisonnante et maximaliste.
On l’avait quitté sur la narration synthétique de Domesticated (2020). Depuis, ce touche-à-tout n’a pas chômé, enchaînant bandes originales de films et apparitions dans le milieu de la mode, sans compter une participation remarquée à la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques de Paris, en 2024, avec la Ritournelle qui l’a fait connaître il y a plus de vingt ans. Après une série de projets conceptuels (Sexuality, My God is Blue, L’Aventura…), Sébastien Tellier revient à ses premières amours, embrassant le spectre familier de l’electro-pop. En ouverture, Kiss the Beast donne le ton. Mêlant basse et claviers dans un chaud-froid évoquant la synth-pop de Depeche Mode, le morceau-titre impose le dialogue des contraires comme fil rouge d’une tracklist tissant compositions introspectives et sonorités festives. Habillé d’effets de reverb et de delay, Naïf de cœur explore le thème de la solitude sur une balade new wave ouvrant l’espace sonore, tandis que guitares saturées et violons néoclassiques se déploient sur le lyrique Mouton, constat désabusé de ce « tendre rêveur » face à l’accueil parfois mitigé que lui réserve le grand public : « J’ai pas de succès, je m’entête / Les gens se fichent de moi ». Plus légère, la cavalcade italo-disco Romantic fait la part belle aux cordes grandiloquentes et synthés rétros avec une flamboyance qui a de quoi séduire les puristes de la French Touch.
Car depuis ses débuts, le multi-instrumentiste reste indissociable de la scène electro hexagonale. En témoignent les multiples collaborations émaillant sa discographie, Kiss the Beast ne faisant pas exception. Outre Victor Le Masne, compositeur de l’hymne des JO de Paris intervenant sur quatre morceaux, le DJ SebastiAn, figure du label Ed Banger, pilote la production de trois titres. Si l’efficace Refresh rappelle les premiers pas de Justice avec ses frénétiques staccatos de violons, Copycat s’appuie sur la douceur du legato, infusant de mélancolie la confession ironiquement dansante de l’artiste, récemment victime d’une usurpation d’identité, qui s’interroge : « Who’s the guy who stole my name? Why didn’t he steal my pain? ». Plus expérimental, Amnesia invite l’Américain Kid Cudi à une joute abrasive entre énergie hip-hop et délicatesse pop. Pierre angulaire de cette fusion des chapelles, Thrill of the night puise dans la mythologie du Studio 54, porté par le très Chic Nile Rodgers et la chanteuse américaine Slayyyter, étoile montante de l’hyper pop. Tourbillon émotionnel, Kiss the Beast s’achève dans l’apaisement, le chanteur trouvant désormais l’équilibre dans la paternité (Un dimanche en famille) : « J’pensais pas être heureux, mais avec eux c’est bien […] / Avec eux c’est mieux ». Pas de doute, cette Bête-là est bien humaine.
À L‘Autre Canal (Nancy) jeudi 5 mars, à la Cartonnerie (Reims) jeudi 19 mars, à La Vapeur (Dijon) vendredi 20 mars, à La Briqueterie (Schiltigheim) samedi 21 mars, au Festi‘Neuch (Neuchâtel) samedi 13 juin et au Festival Cabaret Vert (Charleville-Mézières) vendredi 21 août
sebastientellier.com
