Comment Nicole a tout pété : débat théâtral de Frédéric Ferrer
Frédéric Ferrer se demande Comment Nicole a tout pété : plongée en plein débat public et environnemental avec sa nouvelle pièce, coréalisée par le CCAM et le Théâtre de la Manufacture. Entretien.
Comment Nicole a tout pété est le sixième opus de votre cycle Les Chroniques du réchauffement, débuté en 2006. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Tout part d’un désir de travailler sur les questions écologiques et le changement climatique. J’ai envie de concevoir une grande fresque qui, à ma connaissance, n’existe pas encore. Avec Nicole, on s’intéresse à l’extraction minière et au projet Emili, porté par l’État et la multinationale Imerys. Il vise à implanter une mine de lithium à côté de Montluçon, dans l’Allier, pour électrifier le parc automobile français et rendre le pays indépendant vis-à-vis de cette ressource, qu’il achète à l’étranger. Puisque j’ai habité là-bas pendant dix ans, ça résonne naturellement. Ce projet a engendré des rencontres passionnantes sur le territoire. Tout le monde était là : élus, porteurs du projet, opposants, militants, habitants des communes concernées qui allaient voir une mine pousser dans leurs champs… Dès le début, mettre en jeu toutes ces problématiques m’a passionné.
Vous restituez donc ce débat sur scène.
On modifie tous les noms, afin de produire un décalage et une certaine absurdité, mais aussi parce qu’au-delà du sujet local, nous voulions faire un spectacle universel. L’absurde nait du monde réel, il suffit donc de peu pour le révéler. Et puis, comme les débats publics ont souvent lieu dans des salles des fêtes, on s’en inspire en utilisant les mêmes mange-debout, assez laids, avec leurs jupes tout aussi hideuses. Des écrans retransmettent en direct les prises de parole, la caméra se balade dans le public pour aller chercher ceux qui veulent participer – pendant la représentation, on fait justement distribuer des petits papiers avec des questions pour les volontaires –, des visuels explicatifs sont projetés… Le but est de reproduire une sorte d’effet de réel, de briser le quatrième mur.
Six comédiens, dont vous, donnent naissance à divers personnages. À quoi cela ressemble-t-il ?
Nous jouons une vingtaine d’individus : pêcheur, chasseur, instituteur, infirmière, politiciens… Chacun change de costume à vue, ce qui oblige à tenir une certaine énergie, sans compter les courses entre la salle et le plateau. Quand un acteur incarne un employé, il va dans le public et apostrophe ceux restés sur scène, et ainsi de suite.
À quel genre d’accompagnement sonore avez-vous recours ?
Clarice Boyriven, qui a coécrit le spectacle, a composé tous les morceaux en créant par exemple un habillage institutionnel inspiré de la communication d’Emili. Elle l’a à peine modifiée, histoire qu’on reste au plus près. Par moment, on a également des bruits de la forêt.
Finalement, qui est cette fameuse Nicole ?
Elle est beaucoup de choses, ce qui fait partie du suspense. Il y a plein de Nicole. L’enjeu est de savoir laquelle va tout péter, et qu’est-ce qu’elle va péter, exactement.
Au Centre Culturel André Malraux (Vandœuvre-lès-Nancy) du 10 au 12 février
centremalraux.com – theatre-manufacture.fr





