Radio nostalgik

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Les nineties appartenaient à Assassin, Passi, Ministère A.M.E.R., Busta Flex ou Ménélik qui se souvient de L’Âge d’or du rap français1 avant une tournée des grandes salles. Les papes du rap sont dans la place : rencontre avec l’auteur de Bye Bye.

Tout baigne ?

« Même pour les gens qui se plaignent ! »

Je ne dois pas être le premier à vous la faire, celle-là…

En effet…

Vous préparez un nouveau disque, c’est pour quand ?

Il devrait sortir très prochainement et nous allons tourner pour le présenter en mai. Ça fait vingt ans que je fais du rap et je n’imaginais pas, au départ, que le hip-hop allait me mener où je suis aujourd’hui. Le challenge est de faire vieillir cette musique avec moi, de la faire évoluer.

Nommé Qlassiks, votre album mêlera rap et musique classique : un heureux mariage ?

Tout à fait, il y a beaucoup d’accointances. Mon album est basé sur la période romantique, une époque où les musiciens parlaient davantage d’eux dans leur art. Le rap, c’est exactement ça : il y a beaucoup d’ego trip, mais il évoque également le contexte dans lequel nous évoluons. Le flow est très différent, posé sur de la musique classique. Il s’agit d’une hybridation, pas d’une simple juxtaposition. Il y a un piano et une guitare flamenco, mais j’ai fait quelques représentations avec un orchestre de quarante musiciens.

 Vous avez un temps mis la musique de côté pour vous consacrer au ciné, à la télé ou la réalisation d’un documentaire sur le hip-hop français : qu’en est-il ?

Nous sommes en plein montage et nous allons tourner les dernières images à Bercy, durant L’Âge d’or. Le documentaire raconte la fabrication de “classiques” du rap et le parcours du musicien que je suis. Il parle de mes questionnement : comment se positionner, à 47 ans, dans une société obnubilée par le jeunisme. Dans trente ans, je me vois toujours en train de rapper… peut-être sur mes problèmes d’arthrite, avec une hanche en bois [rires] !

 L’Âge d’or du rap français, la tournée de Doc Gynéco pour les 20 ans de Première Consultation2 ou celle d’IAM rejouant L’École du Micro d’argent fin 2017 : les rappeurs sont-ils les nouvelles “idoles” façon Âge tendre et tête de bois ?

Bien sûr, mais c’est normal. Il y a une demande venant d’une génération qui n’a pas sa “Radio Nostalgie rap” ! Si tu veux écouter Johnny ou Eddy Mitchell, tu as la radio, mais pour le hip-hop des années 1990, ça passe forcément par la scène.

De quoi vous souvenez-vous de ces années-là ?

À l’époque j’étais jeune, innocent et je voualis réinventer le monde. Nous n’avions pas de plan et étions portés par notre passion. Si je n’avais pas rencontré MC Solaar, par hasard, jamais je n’aurais pu espérer rapper. À l’heure actuelle, la jeunesse est plus calculatrice…

 En 1995, vous affirmiez vous battre pour le futur. Vingt ans plus tard, comment le percevez-vous ?

Avec ma formation acoustique j’ai repris Quelle aventure en changeant le refrain : je dis qu’à l’époque nous avions des illusions, mais elles semblent cristallisées.

Vous avez participé à 11’30 contre les lois racistes en 1997 et à 16’30 contre la censure en 1999. Contre quoi vous indigneriez-vous aujourd’hui ?

Je pense simplement qu’il faut que les gens reprennent la parole et confrontent leurs points de vues. Lorsqu’ils ne parlent pas, ils agissent… Parfois mal.

Vous faites référence aux débordements à Aulnay-sous-Bois ?

Toutes les exactions sont à condamner, de chaque côté. Je ne cautionne pas les provocations, mais selon moi ce qui se passe en banlieue n’est qu’une réaction à des agressions antérieures.

Les Sages poètes de la rue, Jimmy Jay, MC Solaar et vous êtes associés aux “rappeurs sympas”. Comment étiez-vous perçus par NTM ou Assassin ?

Il y a toujours eu plusieurs écoles dans le rap : elles n’étaient pas forcément amies, mais chacun respectait la qualité artistique du travail de l’autre. De toute façon, vingt ans plus tard, nous avons totalement dépassé les différends qu’on a pu avoir.

 Tu te laisses aller est un clin d’œil à Aznavour : vous étiez influencé par la chanson française ?

J’ai également fait un clin d’œil à Nougaro et j’aime beaucoup Ferré ou Brassens qui auraient pu se réclamer du rap ! Le français est une très belle langue qui permet d’exprimer d’innombrables nuances. On disait que le français ne sonnait pas assez, mais en choisissant les bons mots, on peut très bien le rapper !

Au Zénith (Dijon), vendredi 17 mars

www.zenith-dijon.fr

 À l’Accor Hotels Arena (Paris), lundi 27 mars

www.accorhotelsarena.com

 Au Zénith Europe (Strasbourg), mercredi 5 avril

www.zenith-strasbourg.fr

 Aux Arènes de Metz, jeudi 6 avril

www.arenes-de-metz.com

 

 

l’âge d’or de Ménélik

 

 

 

 

 

 

 

Qui sème le vent récolte le tempo de MC Solaar (1991)

 

 

 

 

 

 

 

Paris sous les bombes de NTM (1995)

 

 

 

 

 

 

 

 

Première Consultation de Doc Gynéco (1996)

 

 

 

 

 

 

 

 

L’École du micro d’argent d’IAM (1997)

 

 

 

 

 

 

 

 

Opéra Puccino d’Oxmo Puccino (1998)

 

 1 L’événement rassemble su scène Assassin, Busta Flex, Daddy Lord C, 2BAL, Expression Direkt, K-Reen, La Cliqua, Matt Houston, Ménélik, Ministère A.M.E.R., Monsieur R, Nèg’Marrons, Nuttea, Passi, Rocca, Sages poètes de la rue, Stomy Bugsy, X-Men…

www.mazavaprod.com

2 Voir Poly n°192 ou sur www.poly.fr

Emmanuel Dosda
Emmanuel Dosda
journaliste
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