Poupée gonflée

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Avec La Poupée (Die Puppe en VO), le Roncalli-Forum présente un film de Lubitsch de 1919, comédie déjantée tendance burlesque et chef-d’œuvre du muet.

Kultur in Karlsruhe est une initiative fédérant un peu plus d’une vingtaine d’institutions de la cité : Badisches Staatstheater, ZKM, Staatliche Kunsthalle, Jakobus-Theater in der Fabrik, etc. Cette action unique est une marque fédératrice permettant de positionner la ville du Bade-Wurtemberg comme une destination culturelle majeure. Parmi elles, le Roncalli-Forum – placé sous le patronage du Pape Jean XXIII qui se nommait Angelo Giuseppe Roncalli – dépendant du diocèse organise des événements aux résonances religieuses, allant des cafés d’accueil pour les réfugiés aux cours de méditation grâce à la danse, en passant par des expositions. On y découvre aujourd’hui les fascinantes ombres chinoises de Melchior Grossek, prêtre et artiste (jusqu’en février 2017).

Au sein de la programmation, il sera possible de voir La Poupée, un ciné-concert aux sonorités bondissantes (avec Frieder Egri et Ilmar Klahn) à partir du film muet d’Ernst Lubitsch (1892-1947). Cette réalisation de 1919 est une des plus importantes – avec Les Yeux de la momie qui met en scène Emil Jannings – de la “période allemande” de celui qui émigra à Hollywood en 1922. Moins connu que des chefs-d’œuvre au nombre desquels figurent Ninotchka (la première fois qu’on entendit le rire de Greta Garbo) et Ange où Marlene Dietrich crève l’écran, cette Puppe rassemble des interprètes cultes du muet germanique, comme Ossi Oswalda au mignon minois, actrice fétiche de Lubitsch (elle tourna une douzaine de films avec lui, dont l’excellent Schuhpalast Pinkus), Hermann Thimig ou encore Victor Janson. Le pitch ? Le vieux baron de Chanterelle n’a pas de descendance. Il souhaite marier son neveu, mais ce dernier se réfugie dans un monastère parce qu’il a… peur des filles. Débute une histoire déjantée et foutraque, inspirée de la nouvelle fantastique L’Homme au sable d’E.T.A. Hoffmann, où les bons moines conseillent au garçon de faire un mariage bidon avec un automate pour satisfaire tonton et palper le pognon ! Mais rien ne se passera comme prévu dans une comédie se déroulant dans un décor de carton-pâte avec trompe-l’œil enfantins – une cuisine où les ustensiles sont peints sur les murs – et très jolis sapins ! Tout cela est délirant et burlesque et ne plut guère à la critique catholique de l’époque qui le jugea ignominieux ! Les choses ont bien changé depuis…

Au Landesmedienzentrum Baden-Württemberg (Karlsruhe), mardi 8 novembre
www.roncalli-forum.de
www.lmz-bw.de
www.kulturinkarlsruhe.de

Hervé Lévy
Hervé Lévy
Rédacteur en chef
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