« Je peux prédire l’avenir »

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Katerine, la madame Irma de la pop ? C’est ce qu’il prétend dans cet entretien, quelques jours avant une série de concerts intimistes, touchants et amusants, à l’image de son dernier album, Le Film. Le public sera enchanté, juré. Nous l’avons vu dans sa boule de cristal.

 

Dans Je suis un no man’s land de Thierry Jousse, le personnage que vous incarnez n’arrive plus à partir du village de ses parents, comme s’il ne parvenait pas à quitter son enfance. La percevez-vous comme un territoire qui vous emprisonne ?

Je m’en sens très éloigné… tout comme de l’âge adulte d’ailleurs. Je n’ai aucune appartenance de ce genre. J’étais un enfant, j’en ai bien profité, mais aujourd’hui je ne le suis plus et je m’en réjouis.

 

Pourtant, sur votre dernier disque, Le Film, vous semblez les envier de savoir « des choses qu’on ne sait plus » et de pouvoir s’émerveiller devant trois fois rien ?

C’est vrai que je les envie car ils n’ont aucune responsabilité, ils ne se rendent pas compte du monde atroce où nous vivons, ils sont innocents, voire extralucides. J’ai la chance de vivre avec certains d’entre eux, en bas-âge, alors je les observe comme des étrangers, en toute impunité. Ils sont monstrueux, disproportionnés avec une grosse tête et de petits bras, mais ils sont intimidants car très libres, notamment lorsqu’ils dessinent.

« J’ai 30 ans et je suis un enfant » chantiez-vous en 1999. Vous faisiez l’inventaire de choses non réalisées. Avez-vous réécouté ce morceau et fait un nouveau bilan ?

Non, jamais, mais je pense que ça n’a pas beaucoup évolué. Je n’ai toujours pas volé d’articles dans un magasin, je ne suis pas allé en Afrique, je n’ai tué personne… On change très peu au fond.

 

Y a-t-il des projets que vous aimeriez mener à bien ?

Je songe à me faire décoller les oreilles comme dans le film Le Petit Spirou, avec Pierre Richard et François Damiens, où je joue un curé. Durant le tournage, je portais des prothèses et me sentais mieux sur cette terre, mes relations avec autrui étaient plus limpides et mon sex-appeal grandissait. J’ai remarqué les réactions des femmes… alors je n’exclus pas une opération.

Au début des années 1990, vous vous cachiez derrière des interprètes féminines. Petit à petit, vous vous êtes davantage mis en avant jusqu’à l’extraordinaire mue de Robot après tout (2005). Louxor j’adore a fait de vous un artiste 100% VIP après une relative confidentialité. Devez-vous votre succès à l’affirmation de votre personnalité ou êtes-vous sorti de votre réserve pour adopter une posture face aux spotlights ?

Je n’ai jamais envisagé de stratégie en vue d’un succès public, j’ai simplement suivi mon chemin. Je n’allais pas finir ma vie recroquevillé dans un coin, en rougissant dès qu’on me parle. La scène m’a permis de m’extérioriser. C’est un endroit – tout comme le dessin ou les films – où j’exprime des choses que je n’exprime pas ailleurs. Il ne s’agit pas de rencontrer un public, mais de m’épanouir. C’est purement égoïste.

Qu’avez-vous appris de la tournée de Robot après tout, très spectaculaire, délurée, avec les Little Rabbits en backing band ?

C’était magnifique car on était entre copains et on vivait quelque chose d’ahurissant : les spectateurs venaient de plus en plus nombreux et enthousiastes. C’était la colonie de vacances, une aventure folle qui nous dépassait : à la fin des concerts on se retrouvait à poil dans le tour bus !

 

Les haïkus absurdes de l’album Philippe Katerine, le maximalisme disco-kitsh de Magnum, le minimalisme sensible et l’épure du Film… Êtes-vous animé par une incessante envie de changer de ton et de son ?

Ça s’impose et je ne peux rien faire contre. Mes albums sont des photographies de moments… Après avoir sorti un disque et fait une tournée, je sature de mes morceaux et ai besoin d’air nouveau. Certains voient la musique comme un refuge, moi comme une aventure.

Avec vous, une vulgaire Peau de cochon sauve une vie et une simple Banane devient symbole de la liberté. Vous transformez l’archi-commun en or…

C’est dans les déchets, les poubelles, que se situe l’extraordinaire, dans tous les domaines, y compris scientifiques. Par exemple, on va pouvoir guérir des maladies incurables grâce à des transplantations de caca, en soignant le poison par le poison. C’est dans les ténèbres qu’on trouve la lumière. Dans la routine aussi, la répétition…

Et dans les chiffres. Le train de 19h, Le 20-04-2005, 21 mai 1993, Poulet n° 728 120… il y en a beaucoup dans vos chansons.

Ça a été une obsession il y a dix ans, mais je n’en utilise plus du tout !

 

Il y a 3 ans sur Le Film

Ah oui, c’est vrai. Les chiffres me permettent de classer. J’aime ranger, agencer, jeter…

 

Dans 78-2008 vous décrivez les années 2 000 telles que vous les imaginiez, enfant : le futur est-il décevant ?

Il ne va pas assez vite ! On ne peut toujours pas voler dans les airs avec nos voitures, mais j’ai lu que les automobiles volantes devraient voir le jour prochainement. Tout finit par arriver, il suffit de le désirer très fort.

 

Votre nom, votre voix, votre féminité revendiquée… Êtes-vous « une fille de la ville qui fait claquer ses talons aiguilles dans les rues de [s]on cerveau » comme vous le chantiez sur Appelle-moi Samantha en 2001 ?

Oui, je suis une femme névrosée, ressentant une insatisfaction permanente, étant impatiente et excessive. Mais il n’y a pas de tragédie là-dedans, je me sens comme dans une comédie sentimentale.

 

Vous pensez qu’il s’agit de caractéristiques spécifiquement féminines ?

Oui, car l’homme est tragique. Bon, là je nage en plein dans les clichés, mais ça n’est pas désagréable, l’eau y est bonne. En tout cas, je suis un être intuitif, je peux prédire l’avenir. Il m’est parfois arrivé de me tromper, mais très rarement.

 

Savez-vous ce qu’il va vous arriver après cet entretien ?

J’irai chez l’ophtalmo. Je le sais, j’ai rendez-vous.

 

Et moi ?

Il faudra bien regarder à gauche et à droite en traversant la rue… Je n’en dis pas plus, mais méfiez-vous !

 

Au Théâtre Edwige Feuillère (Vesoul), jeudi 6 octobre

www.theatre-edwige-feuillere.fr

 

À La Rotonde (Thaon-les-Vosges), vendredi 7 octobre

www.thaon-les-vosges.com

 

À La Comédie de Reims, mardi 15 novembre

www.lacomediedereims.fr

 

À La MAC de Bischwiller, jeudi 20 avril

www.mac-bischwiller.fr

 

Au Théâtre Théodore Gouvy (Freyming-Merlebach), vendredi 21 avril

www.freyming-merlebach.fr

 

À L’Espace 1789 (Saint-Ouen), jeudi 27 avril

www.espace-1789.com

 

www.katerine.net

 Le Film, édité par Cinq7

www.cinq7.com

 

Emmanuel Dosda
Emmanuel Dosda
journaliste
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